Pendant que beaucoup de communes ne sont pas parvenues à réunir des listes pour les municipales, certains villages de faible population possèdent le plus grand nombre de candidats par habitants en France. Preuve que la politique n’attend pas que les grandes villes, et qu’en un temps de défiance des Français envers leurs politiques, elle pourrait bien se jouer à l’échelle locale…
80 habitants… et trois listes électorales. Certaines communes résistent à la réforme des municipales, qui impose des listes proportionnelles et la parité, rendant plus dure la constitution de celles-ci. Là où presque 80 % des communes de moins de 1000 habitants n’ont qu’une liste, le maire sortant de la Rosière en Haute-Saône François Mange fera face à deux groupes. Ce n’était pas le cas en 2020, preuve qu’un débat d’idée naît, et signe de pluralité et de démocratie selon lui. « C’est de bonne guerre » a‑t-il déclaré au journal L’Est Républicain.
A Caubous en Haute-Garonne, plus petit village d’Occitanie comptant 3 habitants dont 1 à l’année… Deux listes de cinq personnes s’affrontent : celle du maire sortant, élu depuis 2008, et celle d’un groupe de « gens arrivés récemment » a expliqué un habitant à France 24. Ils ont « envie de faire quelque chose », et regrettent un certain immobilisme lié aux mandats successifs dit-il. Même constat à Aix-la-Fayette dans le Puy-de-Dôme où deux candidats affrontent un maire sortant élu depuis 30 ans, dans ce village de 96 habitants. Un des candidats, Didier Vial, reproche au maire Roger Bergheaud un « manque de concertation » dans le village d’après l’AFP.
Dans le Nord-Pas-De-Calais, à Gouy-Saint-André, la population devra départager pas moins de 4 listes pour 659 habitants. Ces quatre listes toutes « sans étiquettes » n’échappent cependant pas dans les faits au clivage gauche-droite, et malgré un climat plus calme qu’auparavant, la mobilisation est vive. Un administré plaisante devant le Monde : « 10 % de la population espère être élue (…) Cette scène d’élection est digne d’un film avec Bourvil et Fernandel ». Un autre confie : « à l’approche de chaque élection, on ressent toujours de la tension et de vieilles rivalités familiales ressurgissent. ». Ces quatre listes sont dues à une rupture de la majorité, par suite d’une querelle liée à un permis de construire pour un box à chevaux … proche de la maison du neveu d’un des adjoints au maire. Une dizaine de communes ont été recensés, dans lesquelles le nombre de candidats est largement supérieur au nombre d’habitants. A Fontanès-de-Sault, dans l’Aude, 16 candidats répartis sur deux listes se présentent pour 6 habitants. Certains choisissent en effet de s’engager dans un village où ils ne vivent pas à l’année.
Les municipales : un lieu de confiance en la démocratie ?
L’expression dit : « là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie », et l’on pourrait dire « Là où il y a des citoyens, il y a de la politique ! ». Gérard Larcher a d’ailleurs confié à France Inter : « Les 34.875 communes, ce sont autant de petites Républiques dans la grande, et la République, elle a besoin aujourd’hui, alors qu’elle est tellement divisée, fracturée, qu’on se rassemble » Le président du Sénat souligne une division qui n’a pas besoin d’être à l’échelle nationale pour exister. Là où plusieurs personnes forment une cité, là pourrait se jouer l’unité nationale autour de repères communs.
La voirie d’un petit village en Ardèche est-elle proportionnellement moins importante que l’insécurité à Marseille ? Un regard de journaliste parisien peut considérer comme minimes, voire ridicules, tous ces petits combats des villages les plus reculés de province. Selon une étude publiée en début d’année par Cevipof et la Fondation Jean-Jaurès, 60% des Français font encore confiance en leur maire, faisant de lui l’élu le plus digne de confiance pour la population. Cette étude révèle aussi que l’étiquette politique du maire importe de moins en moins aux électeurs. Les municipales semblent pouvoir être pour les Français un lieu où se réapproprier leur devoir d’électeur, car là se joue la démocratie dans son sens le plus incarné, le plus direct.
“Les 34.875 communes, ce sont autant de petites Républiques”
Dans la société fracturée dont parle Gérard Larcher, les communes sont le lieu où les individus prennent le plus conscience de leur intérêt commun. A une époque où les Français ne cessent de se désintéresser de la politique, des petites communes ont un nombre disproportionné de candidats… Est-ce simplement un problème de division, ou également le signe que la vie politique concerne encore ?
