Deux bulletins de vote par électeur à Paris et un nombre de scrutateurs qui doit aussi être multiplié par deux.
20 heures, fermeture des bureaux de vote de Paris. Mais pour les bénévoles engagés pour les élections, la journée ne sera pas terminée. Il faut encore dépouiller, compter les votes, et transmettre les résultats. Pour cette étape essentielle du système électoral, d’autres bénévoles sont recrutés, au cours de la journée, pour venir remplir le soir la mission de scrutateur. À raison de quatre scrutateurs par table et d’une table par isoloir, le nombre de volontaires nécessaire s’élève vite. Environ 18.000 pour la capitale, pour une élection ordinaire.
Des besoins exceptionnellement doublés
Le scrutin de ce 15 mars est un peu particulier à Paris. Les électeurs doivent en effet glisser deux enveloppes dans les urnes : une première pour leur maire d’arrondissement, la seconde pour le maire de la ville. Mais qui dit double vote dit double dépouillement. Il faudrait donc idéalement 36.000 volontaires pour compter ce soir les votes à Paris. Cette organisation à double scrutin pour les municipales de Paris, mais aussi de Lyon et Marseille, est une première puisqu’elle résulte de la loi PLM du 11 août 2025 qui réforme le mode d’élection des conseils de ces villes. Auparavant, les électeurs votaient pour les conseillers d’arrondissements qui élisaient le conseil de la ville, dont les membres votaient eux-mêmes pour le maire de la ville. Maintenant chacun vote pour l’arrondissement et pour la ville.
Dans les bureaux, les équipes de bénévoles assesseurs qui viennent pour la journée sont déjà presque doublées : deux tables de bulletins, deux urnes. Quand les effectifs requis ne sont pas atteints, les mairies envoient des employés en renfort. Les scrutateurs volontaires sont presque aussi difficiles à dénicher. « On commence à faire une liste des meilleures excuses qu’on nous donne : ‘J’ai un avion dans quelques heures’, ‘Je travaille aujourd’hui’. Je n’ai jamais vu autant de gens qui travaillent le dimanche ! » nous raconte la présidente d’un bureau de vote du 16e arrondissement. Le nombre de tables est en conséquence souvent réduit et les bénévoles de la journée restent pour prêter main-forte. Cette femme qui témoigne de son engagement dans les bureaux de vote depuis ses vingt-cinq ans explique que le travail des bénévoles est essentiel pour garantir la démocratie et le droit de vote « durement acquis par nos ancêtres ». « Ça ne sert à rien de râler parce que rien ne va, si on ne participe pas pour améliorer les choses », conclut-elle.
Une situation qui n’inquiète pas les bénévoles malgré tout
Le nombre de scrutateurs et donc de tables de dépouillement n’est pas un problème en lui-même. La proportion d’une table par isoloir est donnée à titre indicatif, sans obligation. Un manque de bénévoles entraîne principalement un temps de dépouillement plus long. Pour les assesseurs arrivés avant l’ouverture des bureaux à 8h, la journée est longue. Ils sont donc heureux d’obtenir de l’aide pour la dernière étape de la journée et pas des moindres : pas d’erreur possible. Mais le manque de scrutateurs est habituel, et les bénévoles s’accommodent donc d’un nombre table réduit. Et si l’aide est excessivement basse, les présidents feront appel aux employés de mairie, pour lesquels cette mission entre alors dans le cadre de leur travail. Cette situation ne sera certainement pas rare ce dimanche, où les effectifs devraient être doublés. Mais le taux national de participation à ces élections municipales particulièrement élevé, 48,90% à 17 heures selon le ministère de l’Intérieur, peut laisser penser que les bonnes volontés seront aussi plus nombreuses qu’à l’accoutumée.
Pour la présidente de bureau interrogée, il y a une seule raison d’aider lors des journées de vote : « Ce n’est pas le déjeuner offert, qui n’est pas formidable, même dans le 16e, souligne-t-elle avec humour, mais pour la démocratie. Il n’y a pas d’autres raisons. » Sa conclusion : aider vaut mieux que râler. La préférence des Français est connue.
