Pour la première fois, les maires des villes les plus peuplées de France vont être élus au suffrage universel direct.
Parisiens, Lyonnais et Marseillais, ne soyez pas surpris de devoir glisser deux bulletins, dans deux urnes distinctes, ce dimanche (et même trois à Lyon).
La « loi PLM » (Paris-Lyon-Marseille) de 1982, qui régit l’organisation administrative des grandes villes françaises — les seules à être subdivisées en arrondissements (Paris, Lyon) ou secteurs (Marseille) — a été réformée à l’été 2025, et entre en vigueur pour la première fois à l’occasion des élections municipales du 15 et 22 mars.
Une réforme pour une meilleure représentation
L’objectif majeur de cette réforme est de permettre un lien plus direct entre les citoyens et leur maire central.
Précédemment, les habitants de ces trois villes votaient uniquement pour les conseils d’arrondissements, chargés d’en élire les maires. Ces derniers votaient ensuite pour ceux qui les représenteraient au conseil municipal, et qui éliraient le maire de la ville. La répartition des conseillers siégeant au niveau municipal étant proportionnelle à la taille des arrondissements, ce système a entraîné des incohérences, qui ont conduit à ce changement. La critique principale étant la représentativité. En effet, la surreprésentation de certaines zones a permis l’élection d’un maire n’ayant pas obtenu la majorité des suffrages dans son arrondissement, ou bien ayant gagné de justesse, à l’instar d’un maire qui a largement remporté les suffrages mais dans une subdivision à la population moindre.
Pour y pallier, les candidats à la mairie de la ville se présentent désormais directement face aux électeurs — sans nécessairement devoir candidater dans un arrondissement -, et doivent convaincre un électorat plus large, plutôt que de se contenter d’une victoire stratégique dans quelques zones clés. Ce qui promet des élections municipales plus palpitantes qu’à l’accoutumée pour ces villes, avec des campagnes aux enjeux majeurs à quelques mois des prochaines élections présidentielles.
Des municipales au double scrutin proportionnel, de liste, paritaire à deux tours
Mais concrètement, comment est-ce que ça se passe ? Dès aujourd’hui, les électeurs de ces grandes métropoles vont voter successivement et dans le même bureau, à la fois pour un conseil d’arrondissement — électeur du maire d’arrondissement -, et pour un conseil municipal — électeur du maire de la ville -.
Au niveau de l’arrondissement, pas d’évolution à noter. Le conseil qui obtient la majorité absolue au premier tour, ou qui remporte le second tour, obtient 50% des sièges. Et les compétences de ces mairies restent inchangées, ainsi que leurs budgets.
Au niveau municipal en revanche, le suffrage est maintenant direct et la prime majoritaire est revue à la baisse. Seulement 25% des sièges seront attribués à la liste majoritaire, et les 75% restants répartis proportionnellement parmi les listes ayant obtenu plus de 5% des voix. Une majorité absolue sera donc plus difficile à constituer à Paris, Lyon et Marseille, que dans les autres communes de France, où la prime reste fixée à 50%.
Une conférence des maires
Paradoxalement, la crainte que soulève toutefois cette indépendance des élections est une diminution de la représentation des arrondissements au niveau de la politique municipale, les maires ne siégeant plus nécessairement au conseil de la ville. Pour cette raison, et au moins une fois par an, le maire central se devra de réunir tous les maires des subdivisions lors d’une conférence dédiée.
Un travail d’équilibriste, dont les résultats restent à observer dans les prochains mois, prochaines années…
