Ce 15 mars 2026 se tient le premier tour des élections municipales. Dans le village de Solesmes dans la Sarthe, un candidat retient l’attention. Jean-Philippe Duval est moine bénédictin et candidat sur la liste unique conduite par le maire sortant Pascal Lelièvre.
Jean-Philippe Duval en est fier, la présence d’un ou plusieurs moines au conseil municipal est une tradition à Solesmes. S’apprêtant à briguer son troisième mandat d’élu, celui-ci est fier de rappeler que la communauté bénédictine est représentée à la mairie depuis 1855. De Sieyès au Chanoine Kir, nombreux sont les religieux à s’être fait un nom en politique depuis la Révolution. Mais depuis une vingtaine d’années, la représentation religieuse en politique est extrêmement minoritaire.
Ce que dit la loi
Malgré l’importance du phénomène jusqu’aux années 60, la loi française n’a jamais prévu explicitement les conditions de candidature des religieux pour des fonctions publiques. En l’absence de texte législatif, on se réfère alors au principe général et constitutionnel de laïcité qui est clair sur ce point, chaque citoyen est considéré de manière égale, sans distinction d’appartenance religieuse.
Un clerc, peu importe sa fonction, peut donc se présenter pour un mandat civil en sa qualité de citoyen. Un moine au conseil municipal, c’est donc possible, du moins sur le plan civil. Ce n’est en revanche pas le cas des pompiers qui ne peuvent pas être maire et pompier. Cela s’explique par de potentiels conflits d’intérêts car un pompier relève du service départemental d’incendie et de secours et pas de la commune.
Concernant le frère Duval, il lui est aussi permis de participer au conseil en arborant son habit religieux. En 2024, c’est le juge administratif qui se penche sur la question par un jugement du Tribunal de Grenoble. Le règlement intérieur du conseil municipal de la commune de Voiron avait été attaqué par les requérants pour plusieurs dispositions jugées illégales. L’une d’entre elle prévoyait la soumission des élus au principe de neutralité religieuse, notamment sur leur tenue vestimentaire. Le juge déclare alors cette disposition illégale « la liberté des élus municipaux d’exprimer leurs convictions religieuses ne peut être encadrée que sur le fondement de dispositions législatives particulières prévues à cet effet. Or, il ne résulte [d’aucune] disposition législative que le principe de neutralité religieuse s’applique aux élus locaux». La question est donc tranchée par la Constitution et la jurisprudence.
Quel régime prévu par l’Église ?
L’Église, quant à elle, n’est pas restée muette textuellement sur le sujet. La question est traitée par les canons depuis 1917. On la retrouve aujourd’hui aux canons 285 et 287 édictés par Jean-Paul II qui prévoient respectivement « Il est interdit aux clercs de remplir les charges publiques qui comportent une participation à l’exercice du pouvoir civil. » «[Les clercs] ne prendront pas une part active dans les partis politiques ni dans la direction des associations syndicales, à moins que, au jugement de l’autorité ecclésiastique compétente, la défense des droits de l’Église ou la promotion du bien commun ne le requièrent.». En principe donc, les religieux ne peuvent pas prétendre à un mandat civil.
Pourtant, le père abbé de l’abbaye de Solesmes autorise le frère Duval à candidater lors de chaque élection. « À la fin de chaque mandat, le maire invite les conseillers à réfléchir à la suite. Je transmets alors cette demande au père abbé et nous en discutons ensemble.» déclare le candidat auprès d’Alétéia. En effet, dans l’ordre bénédictin, le moine est d’abord dépendant de l’autorité supérieure directe qui est incarnée par le père abbé. Celui-ci tient la place du Christ dans le monastère et gouverne la communauté selon la règle de Saint Benoît. C’est donc par une double permission, civile et canonique, que le frère Jean-Philippe Duval est autorisé à candidater.
L’abbaye, un élément d’identité de la commune
Avec une population totale de 1 200 habitants, la commune de Solesmes est principalement connue pour l’attrait de son abbaye bénédictine, chef‑d’œuvre architectural. La cinquantaine de moines est source de tourisme et d’accueil des pèlerins. La communauté est donc une grande partie de l’identité du village. La représentation des religieux au conseil municipal est une tradition locale qui perdure depuis deux siècles et dont le maire sortant et candidat unique de Solesmes se réjouit. Les moines à eux seuls représentent en effet 5 % des habitants de la commune. Malgré sa qualité de religieux, Jean-Philippe Duval affirme travailler comme n’importe quel citoyen pour le bien de sa commune. Il s’est par exemple opposé à l’installation d’un base nautique de kayak au pied de l’abbaye qui aurait selon lui enlaidit le lieu et rendu le tourisme trop important. Un avis qui n’aura pas convaincu le conseil puisque le projet est maintenu. Il s’assure néanmoins d’agir conformément aux valeurs chrétiennes et confie prier pour le maire et ses conseillers avant chaque conseil « La première chose que je fais avant chaque conseil municipal, c’est de prier. Cela me permet d’être disponible, à l’écoute des autres et d’exprimer mon point de vue de manière juste, en cohérence avec l’idéal chrétien. » a‑t-il déclaré aux journalistes d’Alétéia. Une vie municipale faite de bienveillance et motivée par la volonté d’améliorer la vie locale qui le pousse à se présenter à nouveau cette année.
