REPORTAGE – Le premier tour des élections municipales a débuté dès 8h ce matin en ce dimanche 15 mars. À Paris, les 903 bureaux de vote subissent les conséquences du nouveau mode de scrutin.
Une certaine effervescence anime les arrondissements en cette matinée ensoleillée. Et pour cause, près de 1 405 035 électeurs parisiens se rendent dans les bureaux de vote.
Réforme de la Loi PLM, une nouvelle organisation
Rue Boissière, dans le XVIe arrondissement, le bureau de vote numéro 68 a ouvert ses portes au sein de l’école maternelle publique. Un homme âgé y entre à petits pas, portefeuille en main d’où il sort sa carte électorale. Dans la salle de jeux, voiturettes et petits bancs ont été sagement rangés pour laisser place aux 8 isoloirs, aux tables des décharges et d’émargement, ainsi qu’à deux urnes.
C’est en effet une grande nouveauté pour les municipales : deux scrutins distincts et simultanés permettront d’élire les conseillers municipaux et les conseillers d’arrondissements. Et ce, en vertu de la réforme de la loi PLM, promulguée en août dernier, qui s’applique pour la première fois uniquement à Paris, Lyon, Marseille, les trois villes françaises les plus peuplées. Cela implique une nouvelle organisation : « On fait voter les électeurs deux fois à travers un seul parcours de vote » explique le président du bureau 68, Sanjay d’Humières.
Chemise bleu ciel, pantalon marine, il s’occupe de « gérer le flux » d’électeurs, qui, à 11h20, se fait un peu plus dense. Une trentaine de personnes, assesseurs compris, occupent la pièce. Une vingtaine de minutes plus tard, le flot se sera tarit. Mais ce n’est rien comparé à l’affluence plus importante souvent constatée « entre 14 heures et 16 heures et vers 18 heures » ajoute-t-il. Parmi les votants présents, les personnes âgées sont surreprésentées, confirmant le constat suivant lequel les séniors, majoritaires dans le XVIe, votent davantage que les jeunes.
La nouvelle organisation peut être surprenante pour ceux qui ne se sont pas renseignés, mais « c’est impeccablement bien organisé, on a des jeunes femmes qui nous guident très bien », témoigne une votante, « il faut être guidé sinon ce n’est pas facile autrement. » Les équipes mobilisées sont rôdées pour accueillir les quelques 1800 électeurs inscrits dans ce bureau.
Plus de logistique, pas assez de personnel
Sanjay d’Humières sait qu’avec le nouveau fonctionnement le temps va être long. Et d’autant plus ce soir lors du dépouillement. En termes de logistique « c’est énorme ! Il faut que chaque bureau de vote trouve le bon nombre de scrutateurs et d’assesseurs, ce qui n’est pas donné. » Pour autant, le bureau 68 semble mieux loti en termes de personnel, contrairement au numéro 70, dans le 19è arrondissement.
Dans ce dernier, l’école maternelle publique a aussi été réquisitionnée pour l’occasion. À l’intérieur, il y a moins de monde pour un espace bien plus large, au point que le jeune derrière la table des décharges (sur laquelle se trouvent les différentes listes des candidats), semble bien seul. « Vous voulez venir à 20h pour dépouiller ? » demande la présidente du bureau à une électrice qui vient de déposer son bulletin dans l’urne. Sa proposition reçoit une énième réponse négative. Visiblement les volontaires se font plus rares ici.
À côté du 17 rue de Tanger, dans le bureau 67, c’est le même son de cloche : « la PLM a doublé le nombre de bureaux de vote, il faut deux fois plus de bénévoles et c’est très compliqué » se désole un assesseur-titulaire, sweat à capuche bordeaux recouvert par une veste noire en velours côtelé. À ses côtés, la présidente confirme ses propos. Petite de taille, lunettes rouges sur le nez, et veste sans-manches en laine, selon elle il faudra « au moins 3 tables de 4 pour le dépouillement. Donc plutôt 12 scrutateurs au lieu de 16. »
Depuis 30 ans qu’elle est présidente de ce bureau de vote, car il s’agit de son quartier, son expérience lui permet de souligner que « les assesseurs n’ont pas de suppléants alors que c’était le cas avant. Et maintenant ce sont des assesseurs-électeurs et non plus des assesseurs-politiques. » Autrement dit, des citoyens qui ne sont pas membres de conseils municipaux ou d’arrondissements, acceptent de se mobiliser sur la base du volontariat. Et ce, pour contribuer à la logistique conséquente qu’implique le nouveau mode de scrutin qui sera de retour dimanche prochain.
