Les Etats de l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective), la Russie, le Kazakhstan, la Tadjikistan, le Kirghizstan, la Biélorussie et l’Arménie ont déployé des troupes au Kazakhstan à le demande de ce dernier. Mais certains membres de l’organisation s’inquiètent d’un possible enlisement, et craignent d’avoir à affronter une résistance armée.

Le Kaza­khs­tan un pays clé méconnu 

Le Kaza­khs­tan est le plus grand pays d’Asie cen­trale, il est aus­si le plus riche grâce à ses gise­ments de gaz et d’uranium.  D’ailleurs Paris se four­nit auprès du Kaza­khs­tan en ura­nium pour ali­men­ter son parc nucléaire. Ce pays fai­sait office de modèle pour Mos­cou via son modèle auto­ri­taire simi­laire à celui du Krem­lin. Son pos­sible chan­ge­ment de régime ris­que­rait de créer un effet domi­no en Asie cen­trale, les Etats-Unis pour­raient alors se pré­ci­pi­ter dans la brèche pour conti­nuer à ins­tal­ler des bases dans cette zone. Ce qu’ils ont déjà fait en Ouz­bé­kis­tan. Ce qui affai­bli­rait le Krem­lin après le bas­cu­le­ment de l’Ukraine dans le camp occi­den­tal il y a 8 ans. L’UE pour­rait conti­nuer à exploi­ter les gise­ments kaza­khs­ta­nais sans avoir à craindre une inter­ven­tion russe qui la cou­pe­rait de ces pré­cieuses res­sources. Le régime kaza­khs­ta­nais, lui, espère pou­voir sau­ver sa tête durant cette crise.

Bap­tême du Feu L’OTSC

L’OTSC (Orga­ni­sa­tion du trai­té de sécu­ri­té col­lec­tive) a déci­dé d’intervenir au Kaza­khs­tan à la demande ce der­nier et sous les ordres de Mos­cou. C’est la pre­mière inter­ven­tion de l’organisation, le Krem­lin sou­hai­te­rait qu’elle soit cou­ron­née de suc­cès pour que l’organisation devienne un acteur régio­nal impor­tant et si pos­sible un concur­rent de l’OTAN. Le seul sou­ci, c’est que cette opé­ra­tion est menée majo­ri­tai­re­ment par des troupes russes et  ses alliés ont dépê­ché des poi­gnées de soldats.

L’Arménie craint éga­le­ment que cette inter­ven­tion mili­taire rap­pelle un peu trop celles des forces du Pacte de Var­so­vie répri­mant le Prin­temps de Prague, en 1968 ou encore la répres­sion de la révo­lu­tion hon­groise de 1956 à Buda­pest. Les membres de l’OTSC craignent aus­si un pos­sible enli­se­ment, car cer­taines uni­tés de l’armée kaza­khs­ta­naise ont rejoint les rebelles et pour­raient les aider à consti­tuer une résis­tance armée.

Le pou­voir kaza­khs­ta­nais fragilisé 

Le Père de la nation Nour­soul­tan Nazar­baiev est soup­çon­né de s’être enfuit en Rus­sie. Cet homme qui fut pré­sident du pays de 1991 à 2019, avait lais­sé les rênes du pou­voir à un proche pre­nom Tokaiev. Mais il gar­da le contrôle du pays en créant le poste de chef du conseil de la sécu­ri­té. Il a d’ailleurs dû trans­fé­rer cette fonc­tion au pré­sident Tokaeiv, le 5 jan­vier face au désordre dans le pays. Sa pos­sible fuite a créé un véri­table mou­ve­ment de panique chez les élites kaza­khs­ta­naises, qui à leur tour se sont ruées sur leurs avions pri­vés pour quit­ter le pays.  Cette inter­ven­tion crée la peur de voir les Russes s’installer défi­ni­ti­ve­ment dans le pays et qu’ils l’administrent comme une région de leur Fédération.

Il faut rajou­ter à ce tableau peu relui­sant pour le régime, que le retour­ne­ment de cer­taines uni­tés de l’armée et de la police, a été vécu comme un drame. Ces deux corps de fonc­tion­naires ont tou­jours été fidèles au pou­voir depuis les années 90, n’hésitant pas à répri­mer les oppo­sants dans le sang. Le fait qu’elles aban­donnent leurs chefs où les cap­turent pour les remettre à la foule montre bien que leur fidé­li­té n’est plus une évidence.

Quelle sor­tie de crise possible ?

Trois sor­ties sont envi­sa­geables dans les jours à venir. Pre­mière pos­si­bi­li­té l’OTSC arrive à écra­ser la rébel­lion et le régime kaza­khs­ta­nais est réta­bli. Mos­cou sor­ti­ra ren­for­cé de cette crise et pour­ra alors à nou­veau don­ner prio­ri­té à l’Ukraine. Ce scé­na­rio est envi­sa­gé par des stra­tèges ukrai­niens qui le confiait à TV Svo­bo­da. Deuxième pos­si­bi­li­té, la pire pour le Krem­lin et ses alliés, les rebelles arrivent à se consti­tuer en armée de libé­ra­tion et le pays plonge dans la guerre. Les troupes de l’OTSC ris­que­raient ne pas tenir face à une guerre longue. Les alliées de Mos­cou pour­raient alors choi­sir de quit­ter l’opération.  Les menaces russes envers l’Ukraine serait moins effi­cace. et ris­que­rait de subir de lourdes pertes face à la résis­tance Kaza­khs­ta­naise. Cette vision pes­si­miste est por­tée par l’armée arménienne.

Der­nière pos­si­bi­li­té, les rebelles arrivent à faire fuir les der­niers oli­garques. Les Russes  choi­sissent alors la négo­cia­tion, le nou­veau gou­ver­ne­ment kaza­khs­ta­nais devra accep­ter une pré­sence russe mais il pour­ra la com­plé­ter d’une pré­sence amé­ri­caine ou chi­noise s’il le sou­haite. Cette pos­si­bi­li­té existe car l’Ouzbékistan pays voi­sin du Kaza­khs­tan a réus­si à négo­cier un accord simi­laire avec les deux grands durant les années 2000, Tachkent a depuis une base russe et une base amé­ri­caine sur son sol . Mais le modèle auto­ri­taire à la russe sor­ti­rait lar­ge­ment affai­bli de cette crise et ce sou­lè­ve­ment réus­si pour­rait encou­ra­ger les autres peuples d’Asie cen­trale à ren­ver­ser leurs gou­ver­ne­ments pro-russes. Sur le long terme la Rus­sie pour­rait se voir for­cer de chan­ger de poli­tique par rap­port aux pays d’Asie centrale.