Christiane Taubira, candidate à la primaire de la gauche

Christiane Taubira rompt le suspens sur sa candidature : si elle l'emporte à la primaire populaire, elle se présentera pour l'élection présidentielle.

En déplacement à Bondy en Seine-Saint-Denis le dimanche 9 janvier, Christiane Taubira a annoncé accepter "d'être candidate à la primaire populaire". L'ancienne garde des sceaux "accepte le jeu démocratique". Elle sera candidate à la présidentielle si elle remporte la primaire populaire organisée par 2022 ou jamais. Une primaire à laquelle elle était déjà favorable. Anne Hidalgo avait proposé de la rejoindre le 8 décembre. Mais la plupart de ses opposants de gauche, notamment Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, opposent un refus catégorique. La candidate du Parti socialiste reconnaît elle-même que son appel s'est soldé par un échec : "Une primaire n'a de sens que si elle sert à avoir un candidat commun".  Le matin même de l'annonce de Christiane Taubira, Anne Hidalgo balayait la question de Jean-Pierre Elkabbach : "Ce sera une candidature de plus et pas une candidature de moins".

Un bon point pour la primaire populaire

Pourtant, l'ancienne garde des sceaux replace la gauche au centre des attentions et redonne un intérêt à cette primaire qui se déroulera du 27 au 30 janvier. Les personnes souhaitant se présenter doivent le faire avant le 15 janvier, date à laquelle la liste sera publiée. Le Socle Commun est la première étape de l'association 2022 ou jamais qui espère ainsi remporter l'élection. Ce socle est constitué de dix mesures de rupture pour une république écologique, sociale et démocratique. Si Christiane Taubira gagne la primaire populaire, 2022 ou jamais fera campagne pour elle. L'unique condition est l'inclusion des propositions du Socle Commun dans son programme : "La personnalité remportant le vote de la Primaire Populaire devra s’engager à promouvoir le Socle Commun." 

 


Anne Hidalgo, définitivement inaudible ?

Anne Hidalgo, candidate du parti socialiste pour l'élection présidentielle, se bat pour être écoutée et remonter dans les sondages. Tous les arguments sont bons.

"Je suis candidate, je suis investie, j'ai pris ce totem "réunir la France"". Au micro de Jean-Pierre Elkabbach dimanche 9 janvier sur Europe 1, Anne Hidalgo a tenté une fois de plus de défendre sa candidature, à moins de 5% des intentions de vote si Christiane Taubira ne se présente pas selon le sondage Ipsos Sopra-Steria publié le 7 janvier. Regrettant le refus de la gauche de se rallier dans une primaire comme elle l'avait proposé le 8 décembre, la candidate à la présidentielle affirme néanmoins être capable de l'emporter contre Yannick Jadot. Quant à l'hypothèse d'une candidature de Christiane Taubira, Anne Hidalgo balaye la question du journaliste : "Ce sera une candidature de plus et pas une candidature de moins", en reconnaissant que "L'homme ou la femme providentiel n'existe pas".

La candidate du Parti socialiste martèle : "Je suis candidate et je vous invite à venir voir le programme que je présente" en se défendant contre Jean-Pierre Elkabbach qui l'interroge sur le déclin de son parti en 2017 : "J'ai fait ce travail d'essayer de rassembler (...), les idées sont là, le programme est là, permettant à notre pays de sortir de cette situation". Pour elle, les deux défis majeurs auxquels il faut répondre sont le défi climatique et celui des injustices et des inégalités sociales : "Vous verrez que dans mon programme, ces sont les défis qui servent de guides". Comme tous les candidats, elle affirme apporter les propositions concrètes pour remédier au problème du travail, aux questions du salaire, de l'école, de la santé et de la transition écologique. "Depuis trois mois, ce que j'ai fait, c'est rassembler ma famille, mettre en place les équipes, proposer ce chemin de l'unité qui est rejeté notamment par Yannick Jadot. Maintenant, je suis très concrète en vous disant que j'avance".

Son principal argument repose sur les soutiens de son parti depuis des années : "Cette force que je représente s'appuie sur des milliers d'élus locaux, de citoyennes, de citoyens partout dans le pays. La preuve en est que je dois être la seule peut-être avec Valérie Pécresse à avoir tous mes parrainages". C'est en effet son unique avantage sur la droite, et notamment sur Eric Zemmour et Marine Le Pen qui peinent à trouver leurs parrainages alors que le sondage cité plus haut les place à 12 et 17% : "C'est la loi qui décide de qui participe en fonction des parrainages, s'ils ne l'ont pas, c'est qu'ils ne méritent pas d'y participer". Pour elle, ce principe n'est pas anti-démocratique : "La démocratie est définie avant les sondages par la loi, et si la loi dit que les parrainages doivent être de 500 pour chacun des candidats sur la ligne de départ, c'est la loi qui doit s'imposer. (...) [s'ils n'y arrivent pas], tant pis pour eux, ça veut dire qu'ils n'ont pas convaincu 500 maires".


Gabriel Attal « Oui on assume de mettre la pression sur les non-vaccinés »

Invité politique de BFM Politique dimanche 10 janvier 2022, le porte-parole du gouvernement est revenu sur la stratégie vaccinale de l’exécutif et réitère sa volonté d’imposer des contraintes aux non-vaccinés.

 

« Nous on est cohérents et on assume notre ligne », lance Gabriel Attal à l’encontre des Républicains et du Rassemblement National qui veulent un « laisser faire » du vaccin. La stratégie du gouvernement s’accélère. Attaqué sur le refus de revenir à des fermetures et des confinements, Gabriel Attal se justifie. Au lieu de fermer les établissements, l’idée est de faire tester de plus en plus de monde, peu importe le prix : « oui ça coute cher mais laisser galoper l’épidémie pas sûr que ça coûte moins cher ».

 

Gabriel Attal comprend les difficultés que cela engendre pour les familles, les enfants, et les professeurs dans le domaine scolaire mais insiste. Le vaccin est la solution, et le gouvernement met un point d’honneur à vacciner les derniers réticents : « nous avons des équipes formidables qui vont au pied des immeubles avec le moins de vaccinés et vont toquer à chaque porte ». « On veut vacciner tout le monde » et à propos des non-vaccinés « oui on assume de leur mettre la pression », puisqu’il les estime responsables des tensions dans les hôpitaux.

 

Nouvelles mesures pour une couverture vaccinale plus large

 

En plus d’annoncer que le passe vaccinal entrera en vigueur dans les « premiers jours de la semaine du 17 janvier 2022 », Gabriel Attal dévoile trois autres mesures phares destinées à atteindre une immunité collective.

 

Première mesure, l’ouverture de plus de centres de tests près des centres de vaccination. Dans la semaine du 3 janvier 2021, la France a enregistré des records de tests et plus de 59.000 premières injections, ce dont le gouvernement se réjouit. Les nouveaux centres de tests vont permettre une meilleure couverture vaccinale du pays et permet au gouvernement de mieux comprendre la situation. Second temps, les pharmaciens vont être autorisés à ouvrir leurs propres « centres de dépistages près de leurs pharmacies » et peuvent recruter eux-mêmes des professionnels de santé pour « travailler avec eux ». Et dernière mesure phare, il va y avoir un « élargissement des personnes habilités à faire des tests », notamment les biologistes moléculaires et les personnes détenant un brevet de premier secours.

Interrogé sur la situation dans les écoles, Gabriel Attal affirme que les fermer serait « le dernier des derniers recours ».


Manifestation anti-passe vaccinal à Paris : l’appel du peuple 

Plus de 18 000 Français se sont rassemblés à Paris, samedi 8 janvier, pour manifester contre l’instauration du passe vaccinal. Un chiffre donné par la Préfecture mais contesté par les observateurs sur place.

Coups de sifflets, pancartes "Liberté" ou "Non à l'apartheid", drapeaux français et fumigènes. Malgré la pluie, les rues de Paris sont combles entre le Palais Royal et la place Vauban. Les slogans fusent, la musique crachée par la sono encourage les manifestants. La population est hétérogène. Des bourgeois du XVIème au SDF un peu saoul, le combat contre le passe vaccinal est sans doute le seul à réunir toutes les classes sociales aujourd'hui : "Macron, ton passe, on n'en veut pas ! " Un cri dans le désert face à un gouvernement sourd aux véritables problèmes de son peuple.

Des manifestants antisystème

Moi, je suis venu de Marseille, ça m’a coûté 250 balles, mon fils autiste a été piqué de force, autant vous dire que je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir”. Comme celui de ce quinquagénaire aux cheveux longs, les témoignages des manifestants soulignent un ras le bol général du système et de notre gouvernement. "C'est pour mes enfants que je m'inquiète, je ne vois vraiment pas comment les choses peuvent changer", déplore une petite avocate blonde. Pour leur part, les seniors de la manifestation s'insurgent contre le président de la république qui ne respecte pas leur liberté : "à partir du moment où le vaccin est encore expérimental, on ne peut pas nous l'imposer", "se faire vacciner est encore un droit, pas un devoir", "le gouvernement ruine notre liberté".

Plusieurs syndicats sont également au rendez-vous. Un membre de la Cocarde étudiante nous explique qu’il n’est pas normal que les étudiants subissent toutes les mesures sanitaires alors que le covid-19 ne présente aucun risque pour cette génération. L’un des porte-parole de ce syndicat étudiant s’est également exprimé sur le podium de la manifestation : “Nous sommes les seuls à exprimer les droits des étudiants. Jamais les décrochages scolaires et les dépressions n’ont été aussi nombreux. Il y a une fracture entre les étudiants vaccinés qui peuvent rentrer chez leurs parents, et les non-vaccinés qui ne peuvent pas”. Du côté du syndicat policier, un manifestant s’indigne: “Ce n’est pas notre métier que de trier les citoyens en fonction de leur schéma vaccinal!” Marc Menant, historien et chroniqueur chez Cnews, quant à lui, s'exprime haut et fort : “Je ne suis pas là en tant que journaliste, je suis là en tant que militant de la liberté!

La plupart des manifestants ne s’opposent pas au vaccin en tant que tel ni même au passe vaccinal exclusivement: c’est le système tout entier et le gouvernement qu’ils dénoncent. Un vieux monsieur seul sous son parapluie nous assure que, prêt à céder à la vaccination, il s'est ravisé après les propos d’Emmanuel Macron dans le Parisien le 4 janvier. La lassitude gagne les Français dans ce système qui bafoue leur liberté, et qu’ils espèrent bien voir changer au prochain scrutin. 

Le passe vaccinal comme critère pour l'élection présidentielle

“ Honnêtement, je pense que je vais voter contre mes principes mais pour un candidat qui défend les libertés, l’heure n’est plus à l’idéologie, l’heure est au combat” nous explique Christine, professeur de français, diplômée de Normal Sup. En cette année présidentielle, l’enjeu de la manifestation était hautement politique. Florian Philippot l’a bien compris, lui qui veut aussi présenter sa candidature. De nombreux manifestants semblent séduits : “C’est le seul courageux depuis le début sur le sujet!” nous ont confessé quelques personnes. Ce sont cependant les candidats dits “ extrêmes" qui recueillent le plus d’intentions de vote : Jean-Luc Mélenchon, Marine le Pen et Eric Zemmour incarnent l’espoir de nombreux manifestants. La question des libertés et le positionnement politique des différents candidats sur la question sanitaire sera donc un élément crucial, si ce n’est unique, pour guider le vote de ces Français qui crient leur colère depuis déjà plusieurs mois.

Tous nous ont avoué se sentir trahis, méprisés et incompris par une classe politique élitiste qui guide le peuple selon des règles monétaires et des injonctions de l’Union Européenne. La perte de la souveraineté nationale inquiète et bon nombre des personnes interrogées prendront en compte ce facteur dans leur vote, en avril prochain.

 

Marie-Liesse Chevalier et Marguerite Aubry


Open d’Australie : balle de match pour Djokovic

Novak Djokovic marque un point. La justice australienne vient de confirmer qu’il bénéficiait effectivement d’une exemption de vaccination. En revanche il n’est toujours pas sûr de pouvoir participer à l’Open d’Australie qui débute lundi 17 janvier 2022.

« L'affaire n'est plus sportive, elle n'est plus sanitaire, elle est politique », souligne Jean-Baptiste Guégan spécialisé en géopolitique du sport.   Très fermes sur les règles d’entrée sur leur territoire, les Australiens refusent que les personnes non vaccinées y pénètrent. À son arrivée, Novak Djokovic se voit refuser son visa. Isolé dans un centre de rétention de Melbourne, il forme un recours contre la décision des autorités. Pour se justifier, il brandissait une dérogation accordée par Tennis Australia. Il avait contracté le covid le 16 décembre 2021 et par ce fait, bénéficiait d’une exemption à la vaccination. Mais les autorités refusent cet argument. Une récente contamination au virus n’exempte que les résidents australiens, et non les étrangers. Retour à la case départ pour le serbe, son exemption ne lui permet pas forcément de pouvoir participer au tournoi.

« Le Spartacus du nouveau monde qui ne tolère pas l'injustice »

Novak Djokovic est devenu le symbole de toute une cause. Le serbe est clair quant à ses positions sur le vaccin. En 2020, il a déclaré « Je suis opposé à la vaccination contre le Covid-19 pour pouvoir voyager. J'ai mon propre avis sur la question, est-ce qu'il changera à un moment donné, je ne sais pas ». Depuis son refus d’entrée sur le sol australien, les réseaux sociaux s’enflamment et se déchirent, et des manifestations ont lieu. Jeudi 6 janvier 2022, sa famille organise une marche de soutien à Belgrade. Son père déclare que son fils est « le Spartacus du nouveau monde qui ne tolère pas l'injustice, le colonialisme et l'hypocrisie ». Rafael Nadal, principal rival du serbe, affiche une position ferme quant à la polémique « selon moi, le monde a trop souffert pour ne pas suivre les règles. S'il voulait, il aurait pu jouer ici sans problème. Chacun est libre de ses décisions, mais il y a des conséquences. D'un côté, je suis désolé pour lui. Mais il connaissait les conditions ».   Prochaine étape pour le champion de tennis serbe : l’audience du lundi 10 janvier 2022 devant le tribunal fédéral, à minuit heure française. Les conclusions seront connues lundi matin. C’est cette audience qui décidera si oui ou non le serbe pourra défendre son titre.


Turquie : record d’inflation battu

La Turquie voit ces derniers temps la valeur de sa monnaie faire des bonds prodigieux et s’effondrer dans la foulée. Début janvier 2022, le chiffre est tombé : le pays a subi une inflation de 36% en un an. Une instabilité très difficile à vivre pour de nombreux Turcs, inquiets pour leur pouvoir d’achat. Nous avons rencontré l’un d’entre eux.

18 août 2021. La livre turque est à 9.89 euros. Le 5 janvier 2022, elle est à 15.8. Mais elle est passée par toutes les émotions, grimpant jusqu’à 18 lors des fêtes de Noël.

Démonstration. Un repas à 36 TL (Turkish Lira) pris en terrasse fin août revenait à 3 euros 60, aujourd’hui il vaut 2 euros 27. Et ce n’est pas le pire. La différence de valeur du salaire est affolante. Un travailleur rémunéré 10 000 TL a touché fin août l’équivalent d’un petit SMIC de 1011 euros. Et en ce début d’année, il se contente de 632 euros.

Comment fait la population pour encaisser ? Les employeurs ne montent pas les salaires pour retrouver la même valeur de départ, sinon ils se retrouvent noyés jusqu’au cou. Les familles se débrouillent comme elles peuvent, sans grand soutien de la part de l’État. Le prix de l’essence ne cesse de grimper. Alors, en plus d’avoir un pouvoir d’achat de plus en plus menacé, les Turcs sont confrontés à des prix qui augmentent de la part des commerces désarmés et des stations essences soumises, elles aussi, à l’inflation du baril de pétrole.

Préoccupé, le président Erdoğan a tenté de redresser la situation du pays fin décembre 2021. Lors d'une allocution télévisée, il a incité la population à se débarrasser des devises étrangères qui trainaient çà et là, et de les convertir en livre turque, promettant des intérêts. Tout de suite, le taux de change a baissé. Mais cela a été de courte durée, quelques jours plus tard, elle repart à la hausse.

« Je n’ai pas d’espérance pour la Turquie »

Zafer est un commerçant du centre d’Izmir, troisième ville du pays derrière Istanbul et Ankarra. Il tient une boutique de souvenirs et nous confie ses doutes quant à l’avenir du pays.

Il nous raconte son quotidien. Les charges et les loyers augmentent, comme les prix des produits de première nécessité. Le bidon de 5L d’huile de tournesol, moins chère que l’huile d’olive et très prisée par les familles les plus modestes, a subi une hausse de plus de 175%. De 40 TL, elle s’est envolée à 110 en à peine quelques semaines.

Ce qu’il regrette : l’instabilité du pays. « Il faut que ce soit vraiment vraiment stable. Notre souci ne concerne pas le prix mais l’instabilité ». Il n’y a aucune aide de l’État. Les familles modestes se tassent dans des habitations médiocres et insalubres, mangent des pâtes et se désespèrent. Impossible qu’un seul des deux parents travaille dans la famille, les deux doivent travailler pour espérer tenir le coup.

« Aujourd’hui, ce sont de bons jours pour la Turquie. On va avoir encore des jours pires. Je n’ai pas d’espérance pour la Turquie, tant que le gouverneur ne change pas ». La politique. L’une des conséquences de cette crise économique, si elle n'en est déjà pas la cause. Les prochaines élections sont prévues pour 2023 mais les opposants réclament un vote anticipé. Le gouvernement est sur un siège éjectable : en ce début d’année 2022, le pays a battu un record qui tenait depuis 2002. La Turquie a connu une inflation de plus de 36% en un an, chiffre encore contesté par les opposants. Même si le président a annoncé une hausse des salaires début janvier 2022, le pays risque d’être bientôt à court d’argent. Une situation très préoccupante pour l’avenir.

« Mais nous quand même on arrive à survivre. Alors je dis merci Dieu, mais quand je vois les gens dans la rue, pour eux, c’est beaucoup plus difficile »


Achat du logiciel espion Pegasus : la Pologne sur la sellette

La Pologne a admis avoir acheté le logiciel espion Pegasus. Surveillance de l’opposition ou simple moyen de combattre la criminalité, le gouvernement se confond en explications tandis que les preuves s’accumulent.

 

Le vendredi 7 janvier 2022, le premier ministre polonais Jaroslaw Kaczynski lui-même finit par avouer. La Pologne s’est procuré le fameux logiciel espion Pegasus. Installé sur n’importe quel téléphone, il peut en exfiltrer les données et espionner son utilisateur sans risque d’être démasqué.

Le gouvernement, sommé de se justifier, affirme que l’achat du logiciel n’est pas destiné à espionner l’opposition, mais seulement à prévenir la criminalité. Le laboratoire Citizen Lab, qui a enquêté sur les potentielles cibles de Pegasus, révèle pourtant que Krzysztof Brejza, sénateur de ladite opposition, a été surveillé en 2019 au moment des élections législatives, qu’il a perdu. Son parti Plate forme civile (PO), placé à droite sur l’échiquier politique, est persuadé qu’il y a un lien. Pourtant, le vice premier ministre a déclaré qu’il « serait mauvais que les services polonais ne disposent pas de ce type d’outil ». Dans l’entretien, il justifie cet achat. Le logiciel, est, semble-t-il, « utilisé par les services de lutte contre la criminalité et la corruption dans de nombreux pays ». Et que l’utilisation qu’en fait le gouvernement est contrôlée et mesurée, « toujours sous le contrôle d’un tribunal et du bureau du procureur ».

Les révélations du vice premier ministre ne sont que « la pointe de l’iceberg » révélant un « glissement autoritaire » en Pologne, scandent les opposants.

Donald Tusk, président du parti de l’opposition, qualifie cette révélation de « la plus grande, la plus profonde crise pour la démocratie depuis 1989 », puisque que c’est l’argent public qui a vraisemblablement permis à la Pologne d’acquérir le logiciel, à hauteur de 5 millions d’euros. D’abord nié par le gouvernement, une facture retrouvée par le président de la Cour des comptes confirme les dires.

Un logiciel espion dangereux

Le logiciel Pegasus est très performant. Une fois installé sur votre téléphone, il peut voir vos vidéos et vos photos, vous géolocaliser et vous mettre sur écoute. 17 médias dont Le Monde, ont révélé fin août 2021, que plus de 50 000 numéros sont susceptibles d’être surveillés par Pegasus. Et pas des numéros lambda, Édouard Philippe et Emmanuel Macron sont sur la liste potentielle.

Le logiciel est développé par NSO Group, une start-up israélienne, placée depuis sur la liste noire des entreprises par les États-Unis. Pegasus a été acheté par pas moins de 60 pays, dont le Mexique et le Maroc. La France s’était déjà questionnée sur le sujet mais n’a pour le moment pas cédé.

Climat de crise politique en Pologne

Déjà pointée du doigt par Bruxelles dans ses atteintes aux libertés et droits fondamentaux, Varsovie est en mauvaise posture, alors que l’Allemagne et l’Espagne, qui se sont aussi procuré le logiciel, n’ont pour l’instant subi aucune remontrance.

L’espionnage et l’intrusion dans la vie privée viole totalement les traités européens. Et étant membre de l’Union Européenne, la Pologne doit justement respecter les traités.

Le pays est dans le collimateur des autorités européennes depuis des années. Tensions à sa frontière avec la Biélorussie, homophobie non sanctionnée, avortement interdit, primauté du droit national sur le droit européen, la liste est longue.

Cet aveu ne conforte pas la position de la Pologne dans les relations internationales, d’autant plus qu’il fragilise le pouvoir. Le gouvernement s’attire aussi les foudres de Berlin en déclarant que l’Allemagne veut faire de l’Union Européenne le quatrième Reich. Le pays adopte des mesures pour renier en quelque sorte le droit européen. La situation se dégrade peu à peu. Les prochains mois seront cruciaux pour déterminer l’avenir du pays au sein de l’Union Européenne. Il en est un acteur majeur mais en même temps contesté.


La difficile communication du pape dans les affaires de l’Eglise en France

Lundi 13 décembre, le pape François recevait la Conférence des évêques de France à Rome. Cette rencontre n’a rien d’inhabituel, mais le menu était chargé : rapport sur les abus sexuels dans l’Eglise et démission de Mgr Aupetit. Face aux difficultés rencontrées par l’Eglise en France, le souverain pontife adopte une attitude jugée mesurée par certains, douteuse par d’autres.

Depuis le Vatican, les soucis de l’Eglise en France semblent dépasser le saint Père. Deux événements récents le manifestent particulièrement. D’abord, la démission de Mgr Aupetit qui déclare au Parisien le 14 décembre que le pape “ a un peu mélangé les éléments de l’histoire ». Les propos de ce dernier dans l'avion qui le ramenait de Grèce le 6 décembre étaient en effet troublants. Autre point d'ambiguïté : la suspension de la réunion avec les membres de la Commission indépendante pour les abus sexuels dans l’Eglise initialement prévue le 9 décembre.  S’il est vrai que l’Eglise en France n’est pas la première préoccupation du Vatican, les décisions du saint Siège montrent qu’il ne dispose pas de tous les éléments. En témoignent les propos tenus lors de la réunion du lundi 13 décembre avec les membres de la CEF.

Des propos (d)étonnants sur l’affaire Aupetit 

Cette rencontre a été l’occasion pour l’évêque de Rome de revenir sur la démission de l’archevêque de Paris et de réaffirmer sa tristesse à ce propos : « Il nous a simplement dit sa tristesse devant cette situation et la décision qu’il avait dû prendre », rapporte Mgr de Moulins-Beaufort. En effet, Mgr Aupetit a été contraint de présenter sa démission au Vatican après une enquête à son sujet parue dans le Point le 22 novembre dernier, enquête laissant supposer une liaison féminine datant de ses années de vicaire général. Malgré « toute son estime (...) pour l’action pastorale de Mgr Aupetit », le pape n’a eu besoin que de 10 jours pour répondre à sa demande par l’affirmative. Lors de l’audience, il « a redit ce qu’il avait dit dans l’avion, à savoir qu’il avait pris cette décision sur l’autel de l’hypocrisie et non pas de la vérité parce qu’il estimait que le climat qui avait été créé ne permettait pas à Mgr Aupetit de gouverner le diocèse paisiblement », rapporte Mgr de Moulins-Beaufort. Allant jusqu’à donner des détails des gestes qui pouvaient avoir existé entre l’archevêque et la femme en question - de quoi créer un certain malaise chez les fidèles -, le pape reconnaît donc que l’accusation portée contre son évêque est injuste. 

Mais de deux choses l’une. D’abord, s’il y a vraiment eu faute ou ambigüité de la part de l’archevêque, pourquoi regretter sa démission ? Et si au contraire, il est innocent, pourquoi ne pas le défendre ? En outre, il est certain que les détails échappent complètement au pape François qui confond la secrétaire et la paroissienne concernée par l’affaire. 

Changement d’agenda pour la commission Sauvé

« Le Saint-Père nous a beaucoup encouragés, nous a beaucoup remerciés. Il a souligné la dignité de notre attitude et de notre manière de prendre en compte le rapport de la Ciase », a déclaré Mgr Éric de Moulins-Beaufort à la suite de son audience avec le pape. Ce rapport choc commandé par la CEF et publié le 5 octobre dernier par la Ciase a donc été salué par le pape qui se montre satisfait des décisions des évêques français. Pourtant, une analyse critique du rapport Sauvé diffusée fin novembre par huit membres de l’Académie catholique de France paraissait avoir freiné le saint Père dans son enthousiasme. En la recevant, il invitait la semaine dernière à la « prudence » sur « l’interprétation » du rapport Sauvé, bien qu’il ne l’ait pas lu. La réunion avec les membres de la Ciase initialement prévue le 9 décembre avait donc été suspendue.

Mais le saint Père n’en a touché mot lors de son audience lundi : « Le pape nous a dit […] qu’il souhaitait tout d’abord nous entendre et s’est montré tout à fait disponible sur le principe de recevoir les membres de la Ciase. Reste maintenant à trouver la date opportune », a déclaré Mgr Éric de Moulins-Beaufort à Rome. Le pape François souhaite vraisemblablement recueillir tous les avis avant de donner la marche à suivre… Les catholiques n’ont plus qu’à espérer qu’elle sera ferme et sans appel quant à l’interprétation du rapport. 


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Indemnité inflation : du chèque énergie au chèque de la discorde

Mise en place par Matignon jeudi 21 octobre pour lutter contre la flambée des prix de l’énergie et des carburants, l’« indemnité inflation » continue de diviser la classe politique. Sur cette mesure contestée, l'opposition prend bruyamment la parole.

Pour préserver le pouvoir d'achat, Jean Castex avait annoncé la création d'une aide exceptionnelle de 100 euros. Les Français aux revenus inférieurs à 2000 euros net par mois pouvaient en bénéficier. La mesure concerne 38 millions de personnes. A droite comme à gauche, l'opposition fustige une mesure jugée "dérisoire". Jordan Bardella, nouveau président du Rassemblement national, y voit un "speculos de 100 euros" de la part d'un gouvernement qui "ne comprend strictement rien à la souffrance des Français, à [leur] détresse sociale". Il dénonce également le coût d'un tel projet - 3,8 milliards d'euros - et ses conséquences sur le déficit public. Chez les Insoumis aussi, le ton est dur. Eric Coquerel, député de Seine-Saint-Denis, dénonce une "indemnité de la trouille". L'occasion de rappeler au gouvernement l'origine de la contestation populaire des Gilets jaunes, trois années plus tôt : la hausse des prix des carburants.

Un gouvernement critiqué pour ses effets d’annonce

Avec la discrète mais réelle reprise du mouvement des Gilets jaunes à la rentrée, l’opposition déplore des "effets d’annonce" destinés à apaiser la grogne montante des Français. Michel Barnier, candidat malheureux à la primaire de la droite, dépeint la mesure comme "la conjugaison de l’opportunisme électoral et de la bureaucratie". Mise en place à partir de décembre 2021, cette mesure s'inscrit bel et bien dans un contexte de campagne présidentielle. Invitée de France Info samedi 23 octobre, Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, a défendu une "mesure d'urgence", "ciblée" pour réagir au "choc soudain inflationniste" créé par la crise sanitaire et économique. "Tous ceux qui nous expliquent que c'est électoraliste sont ridicules", a-t-elle blâmé pour faire taire les contradicteurs.

Une tribune pour les candidats à la présidence

La polémique sur le bien fondé de cette mesure aura pourtant créé une tribune idéale pour l’opposition, et plus particulièrement pour les candidats à la présidentielle. Michel Barnier n’entendait pas seulement critiquer l’action gouvernementale. Rapidement, il saisit l'occasion de présenter ses solutions à la problématique des taxes qui représentent aujourd'hui près de 60% du prix des carburants. Sur BFM TV, il exprimait sa volonté de "supprimer la TVA sur les taxes" et d’"arrêter de distribuer des chèques qui sont d'ailleurs de plus en plus des chèques en bois ou en blanc aux générations futures". Sandrine Rousseau, alors candidate écologiste à la présidence, réagissait par un tweet acéré : "100 balles et 1 mars. Et circulez il n’y a rien d’autre à voir". Entre les effets d'annonce de certains et les tribunes exaltées des autres, la campagne présidentielle semblait donc bien lancée.

Un appel à la baisse des taxes

Finalement, c’est face au Premier ministre que les diverses familles de l'opposition trouvent un terrain d'entente. Julien Odoul, porte-parole du Rassemblement national, dénonce un "gouvernement [qui] multiplie les fausses excuses pour ne pas diminuer les taxes". Ferme, il propose "une réduction immédiate de la TVA de 20 à 5,5%". Le discours est le même chez Arnaud Montebourg. L'ancien ministre socialiste et candidat à l'élection présidentielle n'a qu'un slogan : "Baissez vos taxes !"