Jean-Luc Mélenchon au Grand Jury : champion de la gauche ?

Dimanche 9 janvier, le candidat de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon était l’invité du Grand Jury de RTL, Le Figaro et LCI. L’occasion pour lui de donner son avis sur les projets de Christiane Taubira, sur la question des droits de succession, ou encore sur l'état de la campagne présidentielle.

« Ce n’est pas mon affaire ! » : alors que Christiane Taubira vient de faire son grand retour dans le débat politique en annonçant sa candidature aux primaires de la gauche. Pour Jean-Luc Mélenchon, c’est clair et net : « ce n’est pas d’union dont nous avons besoin car elle empêcherait la mobilisation ». Il s’oppose fermement, pour le moment en tout cas, à un second front populaire qui réunirait toute la gauche derrière un seul candidat. En effet, pour lui, même au sein d’un seul bord politique, les idées sont trop différentes pour que l'on puisse espérer les fusionner sous un même drapeau : sur « la retraite à 60 ans », « le SMIC à 1 400 euros », ou bien sur « le nucléaire » par exemple. Il est maintenant trop tard pour songer à une union : « Si cela vous intéresse, votez pour moi. Si cela n’est pas le cas, votez pour quelqu’un d’autre ». Jean-Luc Mélenchon appelle à « respecter la démocratie des citoyens ». En revanche, si l’Insoumis parviendrait à passer le cap du premier tour, il s’engage « dès le lendemain », à « engager une discussion ouverte » pour une seule gauche derrière son programme, « L’Avenir en commun ».

Les droits de succession mis sur la table

Une question inhabituelle dans le débat présidentiel : celle des droits de succession. Jean-Luc Mélenchon décide de viser « les ultrariches » en exigeant une imposition totale sur les très gros héritages : « Au-delà de 12 millions d’euros, je prends tout. Si vous n’avez pas 12 millions d’héritage de prévu, vous ne risquez rien avec moi ». Et il poursuit : grâce à cet argent, « chaque étudiant recevra une allocation de 1 063 euros » par mois. Une proposition qui concernerait aussi les élèves de la voie professionnelle. Ces aides sont pour le candidat de gauche le moyen d’incarner « la société de l’entraide » et « l’héritage de la société ». Car « l’État ne vole pas, il prend et redistribue ».

Sur ce sujet, Jean-Luc Mélenchon soumet aussi la mise en place du principe « d’adoption sociale », un dispositif qui permettrait d’éviter une imposition par l’État lors d’un héritage hors d’une filiation directe. Tout dans l’optique d’une « société de l'entraide ».

Où en est Mélenchon dans la course au pouvoir ?

« 391 parrainages » sont effectifs pour le parti de la France Insoumise. Mais pas de quoi s’affoler semble-t-il. Jean-Luc Mélenchon renouvelle son appel aux maires en précisant que « parrainer ce n’est pas soutenir, (...) c’est dire que j’ai le droit d’être candidat ». Il profite de cette invitation pour détracter à nouveau ses opposants politiques. Tous les prétextes sont bons pour lancer des piques au chef de l’État ou aux candidats de « l’extrême-droite ». Si Valérie Pécresse et Emmanuel Macron, « ce n’est pas tout à fait la même chose », Pécresse se révèle « zemmourienne » à ses heures perdues, tandis que « Zemmour est le maître à penser de la droite sur les sujets qu’il a pris en charge ». Concernant le président de la République, Mélenchon est clair : « Il contraint et il emmerde (...) et il n’arrête pas de n’écouter personne ».

Et pour qui votera-t-il au second tour s’il perd ? A cette question des journalistes, Mélenchon est assez flou : il dit « prendre position » pour « ne pas voter pour Le Pen et Zemmour », mais pas non plus pour « Macron et Pécresse ». Mais « il faut voter (...) car ne pas voter c’est prendre position ».


Manifestation anti-passe vaccinal à Paris : l’appel du peuple 

Plus de 18 000 Français se sont rassemblés à Paris, samedi 8 janvier, pour manifester contre l’instauration du passe vaccinal. Un chiffre donné par la Préfecture mais contesté par les observateurs sur place.

Coups de sifflets, pancartes "Liberté" ou "Non à l'apartheid", drapeaux français et fumigènes. Malgré la pluie, les rues de Paris sont combles entre le Palais Royal et la place Vauban. Les slogans fusent, la musique crachée par la sono encourage les manifestants. La population est hétérogène. Des bourgeois du XVIème au SDF un peu saoul, le combat contre le passe vaccinal est sans doute le seul à réunir toutes les classes sociales aujourd'hui : "Macron, ton passe, on n'en veut pas ! " Un cri dans le désert face à un gouvernement sourd aux véritables problèmes de son peuple.

Des manifestants antisystème

Moi, je suis venu de Marseille, ça m’a coûté 250 balles, mon fils autiste a été piqué de force, autant vous dire que je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir”. Comme celui de ce quinquagénaire aux cheveux longs, les témoignages des manifestants soulignent un ras le bol général du système et de notre gouvernement. "C'est pour mes enfants que je m'inquiète, je ne vois vraiment pas comment les choses peuvent changer", déplore une petite avocate blonde. Pour leur part, les seniors de la manifestation s'insurgent contre le président de la république qui ne respecte pas leur liberté : "à partir du moment où le vaccin est encore expérimental, on ne peut pas nous l'imposer", "se faire vacciner est encore un droit, pas un devoir", "le gouvernement ruine notre liberté".

Plusieurs syndicats sont également au rendez-vous. Un membre de la Cocarde étudiante nous explique qu’il n’est pas normal que les étudiants subissent toutes les mesures sanitaires alors que le covid-19 ne présente aucun risque pour cette génération. L’un des porte-parole de ce syndicat étudiant s’est également exprimé sur le podium de la manifestation : “Nous sommes les seuls à exprimer les droits des étudiants. Jamais les décrochages scolaires et les dépressions n’ont été aussi nombreux. Il y a une fracture entre les étudiants vaccinés qui peuvent rentrer chez leurs parents, et les non-vaccinés qui ne peuvent pas”. Du côté du syndicat policier, un manifestant s’indigne: “Ce n’est pas notre métier que de trier les citoyens en fonction de leur schéma vaccinal!” Marc Menant, historien et chroniqueur chez Cnews, quant à lui, s'exprime haut et fort : “Je ne suis pas là en tant que journaliste, je suis là en tant que militant de la liberté!

La plupart des manifestants ne s’opposent pas au vaccin en tant que tel ni même au passe vaccinal exclusivement: c’est le système tout entier et le gouvernement qu’ils dénoncent. Un vieux monsieur seul sous son parapluie nous assure que, prêt à céder à la vaccination, il s'est ravisé après les propos d’Emmanuel Macron dans le Parisien le 4 janvier. La lassitude gagne les Français dans ce système qui bafoue leur liberté, et qu’ils espèrent bien voir changer au prochain scrutin. 

Le passe vaccinal comme critère pour l'élection présidentielle

“ Honnêtement, je pense que je vais voter contre mes principes mais pour un candidat qui défend les libertés, l’heure n’est plus à l’idéologie, l’heure est au combat” nous explique Christine, professeur de français, diplômée de Normal Sup. En cette année présidentielle, l’enjeu de la manifestation était hautement politique. Florian Philippot l’a bien compris, lui qui veut aussi présenter sa candidature. De nombreux manifestants semblent séduits : “C’est le seul courageux depuis le début sur le sujet!” nous ont confessé quelques personnes. Ce sont cependant les candidats dits “ extrêmes" qui recueillent le plus d’intentions de vote : Jean-Luc Mélenchon, Marine le Pen et Eric Zemmour incarnent l’espoir de nombreux manifestants. La question des libertés et le positionnement politique des différents candidats sur la question sanitaire sera donc un élément crucial, si ce n’est unique, pour guider le vote de ces Français qui crient leur colère depuis déjà plusieurs mois.

Tous nous ont avoué se sentir trahis, méprisés et incompris par une classe politique élitiste qui guide le peuple selon des règles monétaires et des injonctions de l’Union Européenne. La perte de la souveraineté nationale inquiète et bon nombre des personnes interrogées prendront en compte ce facteur dans leur vote, en avril prochain.

 

Marie-Liesse Chevalier et Marguerite Aubry


"J'ai très envie de les emmerder" : un retraité porte plainte contre Emmanuel Macron

Un retraité de 63 ans a récemment porté plainte contre le Président de la République suite à ses propos tenus dans le journal Le Parisien. Se disant « choqué et blessé », son recours est purement symbolique.

« Les non vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Donc on va continuer de le faire jusqu’au bout. […] Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus citoyen » déclarait le Chef de l’État le 4 janvier dernier, lors de son interview donnée au Parisien. Petite phrase que 6 Français sur 10 estiment inadéquate selon un sondage Harris Interactive pour LCI.

Les propos d’Emmanuel Macron « discriminatoires et insultants»

Parmi ces citoyens, Didier Lalande, corrézien retraité de 63 ans, juge les propos d’Emmanuel Macron « discriminatoires et insultants» envers les personnes non-vaccinées contre la Covid-19. Portant plainte à la gendarmerie de son village pour ce qu’il nomme « diffamation et menaces publiques par personne ayant autorité », le retraité ne tolère pas qu’un Président de la République tienne  de tels propos à l’encontre d’une partie de la population. « Il a dépassé les bornes » explique le corrézien au quotidien régional La Montagne qui considère qu’Emmanuel Macron est « un président qui utilise sa tribune pour démarrer une campagne. La fonction présidentielle est utilisée pour discriminer et insulter des gens. »

Une plainte symbolique

Le retraité, non-vacciné accepte les contraintes qu’on lui impose. « Je suis en règle avec la loi, je paye mes impôts et je trouve cela insupportable de remettre en cause la citoyenneté des non vaccinés » tonne-t’il. « C'était individuel, et je voulais juste rendre mon action publique pour réveiller les chaumières et c'est vrai qu'aujourd'hui, j'ai reçu des messages de gens qui veulent faire comme moi, déclare l’intéressé, même si ça sert à rien, au moins on s'exprime et on montre qu'il y a des gens qui s'inquiètent pour la démocratie en France. C'est ça le fond de ma démarche. » au journal La Montagne.

Comme Didier Lalande, de nombreux Français s'opposent aux nouvelles mesures gouvernementales en matière sanitaire. Samedi 8 janvier,  plus de 100 000 personnes manifestaient dans toute la France contre le passe vaccinal.


Open d’Australie : balle de match pour Djokovic

Novak Djokovic marque un point. La justice australienne vient de confirmer qu’il bénéficiait effectivement d’une exemption de vaccination. En revanche il n’est toujours pas sûr de pouvoir participer à l’Open d’Australie qui débute lundi 17 janvier 2022.

« L'affaire n'est plus sportive, elle n'est plus sanitaire, elle est politique », souligne Jean-Baptiste Guégan spécialisé en géopolitique du sport.   Très fermes sur les règles d’entrée sur leur territoire, les Australiens refusent que les personnes non vaccinées y pénètrent. À son arrivée, Novak Djokovic se voit refuser son visa. Isolé dans un centre de rétention de Melbourne, il forme un recours contre la décision des autorités. Pour se justifier, il brandissait une dérogation accordée par Tennis Australia. Il avait contracté le covid le 16 décembre 2021 et par ce fait, bénéficiait d’une exemption à la vaccination. Mais les autorités refusent cet argument. Une récente contamination au virus n’exempte que les résidents australiens, et non les étrangers. Retour à la case départ pour le serbe, son exemption ne lui permet pas forcément de pouvoir participer au tournoi.

« Le Spartacus du nouveau monde qui ne tolère pas l'injustice »

Novak Djokovic est devenu le symbole de toute une cause. Le serbe est clair quant à ses positions sur le vaccin. En 2020, il a déclaré « Je suis opposé à la vaccination contre le Covid-19 pour pouvoir voyager. J'ai mon propre avis sur la question, est-ce qu'il changera à un moment donné, je ne sais pas ». Depuis son refus d’entrée sur le sol australien, les réseaux sociaux s’enflamment et se déchirent, et des manifestations ont lieu. Jeudi 6 janvier 2022, sa famille organise une marche de soutien à Belgrade. Son père déclare que son fils est « le Spartacus du nouveau monde qui ne tolère pas l'injustice, le colonialisme et l'hypocrisie ». Rafael Nadal, principal rival du serbe, affiche une position ferme quant à la polémique « selon moi, le monde a trop souffert pour ne pas suivre les règles. S'il voulait, il aurait pu jouer ici sans problème. Chacun est libre de ses décisions, mais il y a des conséquences. D'un côté, je suis désolé pour lui. Mais il connaissait les conditions ».   Prochaine étape pour le champion de tennis serbe : l’audience du lundi 10 janvier 2022 devant le tribunal fédéral, à minuit heure française. Les conclusions seront connues lundi matin. C’est cette audience qui décidera si oui ou non le serbe pourra défendre son titre.


Le face à face entre Moscou et Washington se poursuit à Genève

Dimanche 9 janvier au soir ont débuté des pourparlers à Genève entre les États-Unis et la Russie. Objectif : apaiser les tensions au sujet de l’Ukraine et aplanir les relations entre les deux géants.

Vladimir Poutine et Joe Biden ont décidé d’envoyer au front leurs deux vice-ministres des Affaires étrangères : le Russe Sergueï Riabkov et l’Américaine Wendy Sherman. Premier défi : éviter à tout prix un conflit en Ukraine. La Russie a massé près de 100 000 soldats à la frontière ukrainienne et les Occidentaux les accusent de préparer une invasion. Ils menacent Poutine de sanctions « massives » et sans précédent s’il attaquait à nouveau le pays voisin. Les diplomates américains ont dévoilé au New-York Times que les sanctions envisagées étaient déjà connues : isoler les grandes institutions financières russes du marché mondial pour affaiblir directement l’économie, empêcher l’entrée en fonction du gazoduc Nord Stream 2 cher au Kremlin, geler les exportations de produits américains utilisés par les différentes industries russes, notamment les industries privilégiées de Poutine comme l’armement ou l’aérospatiale ou bien à terme fournir des armes aux Ukrainiens pour combattre les soldats russes, si nécessaire. Ils espèrent ainsi influencer les décisions de leurs interlocuteurs.

De son côté, le président russe et le vice-ministre des Affaires étrangères sont résolus à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Vladimir Poutine s’est déjà entretenu deux fois avec son homologue américain depuis le début de la crise. Il se montre très clair : les sanctions brandies comme une menace seraient une « erreur colossale » et auraient l’effet inverse que celui escompté. Il exige donc le dialogue.

Dimanche 9 janvier au matin, comme un avant-goût de la réunion du soir, son vice-ministre a donc annoncé exclure toute « concession », et s’est déclaré « déçu des signaux venant ces derniers jours de Washington, mais aussi de Bruxelles ».

Et les Européens ?

Un autre sujet qui sera mis sur la table : la sécurité en Europe. Les États-Unis et la Russie vont tenter de rapprocher ici des visions apparemment irréconciliables. Bruxelles a pris parti : tous contre Poutine. Avec les États-Unis, elle demande le retrait des 100 000 soldats stationnés sur la frontière ukrainienne et la relance des accords de Minsk censés mettre fin au conflit dans le Donbass, conflit contre des séparatistes prorusses à l’est du pays. De son côté, la Russie a aussi dévoilé ses exigences : elle demande la fin de l’élargissement de l’Otan à ses frontières ainsi que la diminution des effectifs militaires de l’Alliance en Europe de l’Est.

Le secrétaire d’État américain rassure sa voisine : « Il n’y aura rien sur l’Europe sans l’Europe ». Ainsi, les pourparlers de ce soir seront la première étape d’une longue série de discussions. Celles-ci se poursuivront avec une réunion entre l’Otan et les États-Unis mercredi à Bruxelles, puis une rencontre jeudi à Vienne avec l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour inclure les Européens qui redoutent trop d’être marginalisés.


L’école face au tsunami de l’absentéisme des enseignants

Ce lundi 10 janvier, la deuxième semaine de cours depuis la rentrée s’annonce chaotique ; écoles, collèges et lycées font face à une augmentation croissante de l’absentéisme des professeurs.

« La solution de facilité serait de fermer les écoles. Ce n’est pas ce que je propose », a déclaré le ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, invité sur le plateau de CNews, vendredi 7 janvier. « L’objectif est de garder l’école ouverte dans des conditions sanitaires sécurisées au maximum », poursuit-il. Mais le combat contre le nouveau variant Omicron se révèle compliqué dans les écoles : professeurs absents, cycle de tests, contact-tracing des élèves. Autant de dispositifs qui désorganisent l’enseignement plus qu’il ne le favorisent. Avec plus de 9 000 classes fermées et 50 000 élèves contaminés, les écoles, collèges et lycées se maintiennent avec des classes à moitié pleines.

Faire face au chaos

Alors faut-il lutter à tout prix pour maintenir les écoles ouvertes ? La question laisse songeur. Certes, depuis vendredi, le protocole sanitaire a été allégé dans les écoles, de sorte que si un cas positif se présente dans une classe dans un délai inférieur de sept jours, les élèves n’ont pas à recommencer le parcours des trois tests, à J+0, J+2 et J+4, initialement prévu. Un allégement qui aurait dû favoriser le retour à l’ordre.

Mais après les contaminations des élèves, les établissements français doivent affronter l’absentéisme des professeurs. Un pic d’absence qui « ne devrait pas dépasser normalement 15% », avait pourtant assuré Jean-Michel Blanquer, mercredi 5 janvier, alors que le conseil scientifique avait estimé à « au moins » un tiers les professeurs pouvant être absents d’ici fin janvier.

Des syndicats en colère

« L’école est totalement désorganisée » estime de son côté le syndicat SNUipp-FSU, « tandis que les enseignants, et particulièrement les directeurs et directrices, subissent un nouvel alourdissement de leurs tâches et de leurs charges, notamment en veillant à une forme de continuité scolaire au sein de cette pagaille à venir. Une nouvelle fois ce sont les personnels qui porteront l’école à bouts de bras face à l’incapacité du gouvernement, et particulièrement de Jean-Michel Blanquer, à prendre ses responsabilités ». Une inquiétude qui s’est transformée en colère : deux syndicats d’enseignants lancent une grève nationale pour le jeudi 13 janvier, pour « dénoncer des mesures inconséquentes ».

Pour contrer cet absentéisme massif, l’application Andjaro va être utilisée par l’Éducation Nationale dans 16 départements ; déjà utilisée depuis 2015 par plusieurs entreprises, elle permet de gérer les absences des enseignants en trouvant des remplaçants d’urgence. Une heureuse tentative, qui s’annonce toutefois impuissante pour combattre la tempête Omicron.

 

 


Turquie : record d’inflation battu

La Turquie voit ces derniers temps la valeur de sa monnaie faire des bonds prodigieux et s’effondrer dans la foulée. Début janvier 2022, le chiffre est tombé : le pays a subi une inflation de 36% en un an. Une instabilité très difficile à vivre pour de nombreux Turcs, inquiets pour leur pouvoir d’achat. Nous avons rencontré l’un d’entre eux.

18 août 2021. La livre turque est à 9.89 euros. Le 5 janvier 2022, elle est à 15.8. Mais elle est passée par toutes les émotions, grimpant jusqu’à 18 lors des fêtes de Noël.

Démonstration. Un repas à 36 TL (Turkish Lira) pris en terrasse fin août revenait à 3 euros 60, aujourd’hui il vaut 2 euros 27. Et ce n’est pas le pire. La différence de valeur du salaire est affolante. Un travailleur rémunéré 10 000 TL a touché fin août l’équivalent d’un petit SMIC de 1011 euros. Et en ce début d’année, il se contente de 632 euros.

Comment fait la population pour encaisser ? Les employeurs ne montent pas les salaires pour retrouver la même valeur de départ, sinon ils se retrouvent noyés jusqu’au cou. Les familles se débrouillent comme elles peuvent, sans grand soutien de la part de l’État. Le prix de l’essence ne cesse de grimper. Alors, en plus d’avoir un pouvoir d’achat de plus en plus menacé, les Turcs sont confrontés à des prix qui augmentent de la part des commerces désarmés et des stations essences soumises, elles aussi, à l’inflation du baril de pétrole.

Préoccupé, le président Erdoğan a tenté de redresser la situation du pays fin décembre 2021. Lors d'une allocution télévisée, il a incité la population à se débarrasser des devises étrangères qui trainaient çà et là, et de les convertir en livre turque, promettant des intérêts. Tout de suite, le taux de change a baissé. Mais cela a été de courte durée, quelques jours plus tard, elle repart à la hausse.

« Je n’ai pas d’espérance pour la Turquie »

Zafer est un commerçant du centre d’Izmir, troisième ville du pays derrière Istanbul et Ankarra. Il tient une boutique de souvenirs et nous confie ses doutes quant à l’avenir du pays.

Il nous raconte son quotidien. Les charges et les loyers augmentent, comme les prix des produits de première nécessité. Le bidon de 5L d’huile de tournesol, moins chère que l’huile d’olive et très prisée par les familles les plus modestes, a subi une hausse de plus de 175%. De 40 TL, elle s’est envolée à 110 en à peine quelques semaines.

Ce qu’il regrette : l’instabilité du pays. « Il faut que ce soit vraiment vraiment stable. Notre souci ne concerne pas le prix mais l’instabilité ». Il n’y a aucune aide de l’État. Les familles modestes se tassent dans des habitations médiocres et insalubres, mangent des pâtes et se désespèrent. Impossible qu’un seul des deux parents travaille dans la famille, les deux doivent travailler pour espérer tenir le coup.

« Aujourd’hui, ce sont de bons jours pour la Turquie. On va avoir encore des jours pires. Je n’ai pas d’espérance pour la Turquie, tant que le gouverneur ne change pas ». La politique. L’une des conséquences de cette crise économique, si elle n'en est déjà pas la cause. Les prochaines élections sont prévues pour 2023 mais les opposants réclament un vote anticipé. Le gouvernement est sur un siège éjectable : en ce début d’année 2022, le pays a battu un record qui tenait depuis 2002. La Turquie a connu une inflation de plus de 36% en un an, chiffre encore contesté par les opposants. Même si le président a annoncé une hausse des salaires début janvier 2022, le pays risque d’être bientôt à court d’argent. Une situation très préoccupante pour l’avenir.

« Mais nous quand même on arrive à survivre. Alors je dis merci Dieu, mais quand je vois les gens dans la rue, pour eux, c’est beaucoup plus difficile »


Aux Sables d’Olonne, Zemmour confie sa campagne à saint Michel

Éric Zemmour se rend ce samedi 8 janvier aux Sables d’Olonne où la statue de saint Michel a fait polémique. Sont prévues une rencontre avec des élus locaux et une réunion publique. L’occasion pour lui d’orienter sa campagne vers la province.

Éric Zemmour à la campagne…

« Je sais que pour cette formidable bataille politique qui nous attend, je pourrai compter sur vous ! Une fois de plus, la France pourra compter sur l’enracinement, la détermination et le courage hors-norme des Vendéens ! » Accueilli par le maire des Sables-d’Olonne Yannick Moreau, le candidat de la droite nationale a commencé sa visite par une réunion privée avec ce dernier et son ami Philippe de Villiers, dont la Vendée est le fief. Puis, lors d’une réunion publique à la salle Audubon à 11h, il a loué la Vendée comme terre chrétienne et terre d’industrie, épargnée par l’immigration: "C'est un panthéon de géants et de héros". À 12h15, Éric Zemmour qui « se sent chez [lui]» s’est rendu place saint Michel sur laquelle s’étaient rassemblés environ 800 personnes afin de s’exprimer devant la statue éponyme. Installée en 2018, celle-ci avait aussitôt fait l’objet d’un procès de la part de l’association Libre Pensée qui dénonce une atteinte à la laïcité. Le tribunal administratif de Nantes lui a donné raison mi-décembre en demandant à la ville de déboulonner la statue. Le candidat soutient la démarche du maire des Sables d’Olonne qui ne compte pas se laisser faire et a fait appel : « La loi de 1905, c'est la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ce n'est pas l'éradication du christianisme». « Les Vendéens seront à la hauteur de leur réputation, les Vendéens seront à la hauteur de leur Histoire, les Vendéens seront à la hauteur de leurs légendes ! », a-t-il tweeté en quittant la place. La visite d’Éric Zemmour s’est clôturée par un déjeuner avec les élus et acteurs économiques locaux.

… pour sa campagne

L’enjeu est de taille pour le candidat dont les intentions de vote plafonnent à 12% selon le sondage Ipsos Sopra-Steria publié vendredi. Il s’agit pour lui de rompre avec sa réputation d’« aimer la France plus que les Français » et d’être le candidat des élites intellectuelles, afin de regagner les deux points perdus et de rattraper les candidates des Républicains et du Rassemblement National (16% toutes les deux). Cette étape de campagne est notamment l’occasion de lancer un pied de nez à ce dernier puisque Marine Le Pen se voit contrainte de reporter un déplacement prévu au même moment aux Sables-d’Olonne. En supplantant sa concurrente, Zemmour l’oblige à trouver une autre stratégie dans l’instrumentalisation de cette visite pour sa campagne. De plus, le candidat savait que pour une fois, les antifas ne le dérangeraient pas : ils ne vont tout de même pas se déplacer jusqu’en province. En effet, il n’y a eu qu’un petit trio d’opposants antifas pour perturber cette visite. La compagnie de Philippe de Villiers lui assure une bonne communication avec les élus locaux. Zemmour l’a dit lui-même : « Je vais vous le dire mes chers amis : s’il y avait un Philippe de Villiers par région, la France serait sauvée ! » Mais son ami est aussi un soutien important dans le domaine culturel : le créateur du Puy du Fou ne pouvait se permettre d’être absent pour défendre la statue de saint Michel. Le combat contre l’idéologie woke ancre Éric Zemmour dans son discours habituel, de quoi flatter son socle électoral et rejoindre les potentiels abstentionnistes sablais qui refuseraient le déboulonnage de la statue. Baudouin Haulaf, président du collectif « Touche pas à ma statue » l’affirme avec force : « Personne ne nous a déclaré être pour le déboulonnement de la statue ! ». Selon lui, il s’agit d’une idée fixe de l’association laïcarde Libre Pensée qui, au nom de la loi, veut supprimer toute trace de culture chrétienne en France. En défendant saint Michel, Éric Zemmour se fait l’avocat des catholiques, mais aussi des musulmans et des juifs, ainsi que de l’armée, puisque l’archange est vénéré dans les trois grandes religions monothéistes et demeure le saint patron des parachutistes.


Zemmour réoriente sa campagne à Châteaudun

Vendredi 7 janvier, Éric Zemmour s’est rendu dans l’Eure-et-Loir : un premier déplacement de campagne de l’année qui, sous les allures d’opération séduction, marque un tournant.

C’est dans son traditionnel langage anaphorique que le candidat du parti « Reconquête ! » a choisi d’attirer un nouvel électorat, celui du monde rural : « Je suis venu vous parler de la ruralité française. Je suis venu vous présenter mon diagnostic. Je suis venu vous présenter mes solutions. Je suis venu vous présenter un avenir. Faire de la campagne française un élément clé de la puissance nationale. »

Séduire une France rurale « méprisée »

Trois alexandrins habilement glissés pour convaincre une France rurale « méprisée, souvent abandonnée et toujours sous-exploitée ». Adieu les sujets liés à l’immigration ou l’insécurité, place à la défense de la ruralité ! Pour cela, Éric Zemmour a annoncé « inverser les fonds », en « [basculant] les fonds de la politique de la ville vers le développement des régions rurales, avec également les villes moyennes et petites ». Pendant toute sa journée en Eure-et-Loir, le candidat a parcouru villages et campagnes, de Bonneval à Villampuy, jusqu’à Châteaudun, rencontrant de nombreux agriculteurs, déjeunant avec une quarantaine d’élus, partageant une galette des rois avec les habitants. Le soir, devant 1542 personnes, dans la salle Crystal de Châteaudun, il a étayé ses propositions : entre autres, circuits courts dans les cantines, fin des éoliennes et lutte contre les déserts médicaux.

Des thématiques jusque-là peu présentes dans son discours ; elles devraient intéresser les quelques 22 millions de français vivant à la campagne. De quoi concurrencer Marine Le Pen et Valérie Pécresse, bien plus représentées dans cet électorat. De quoi aussi recueillir davantage de parrainages de la part des maires de campagne.

Défendre le patrimoine culturel

Au-delà de la ruralité, Éric Zemmour a profité de la controverse de l’église de la Madeleine pour valoriser sa défense de la culture française. De fait, le verdict est tombé il y a quelques jours : Julien Cohen, l’animateur de l’émission « Affaire conclue » ne rachètera pas l’église de la Madeleine de Châteaudun pour en faire sa troisième « Maison des brocanteurs » ; cette vente avait pourtant été acceptée par le maire de la ville, Fabien Verdier qui avait reconnu « une belle opportunité » pour la ville, tout en affirmant que « le peuple décidera ». De nombreuses polémiques ont suivi l’élaboration du projet : l’église de la Madeleine n’étant nullement en vente, et le diocèse n’ayant pas été consulté. Plus encore, l’église n’est pas désacralisée et est toujours affectée au culte. « Je ne suis pas au courant de ce projet. Je n’ai eu à faire ni à ce monsieur, ni à la Ville. S’ils m’interrogent, je leur répondrai que l’église de la Madeleine n’est pas à vendre. Elle est toujours affectée au culte et on s’en sert. Elle a été utilisée deux fois depuis mon arrivée, notamment à la Toussaint. Je leur rappellerai aussi qu’il y a des règles. », s’est exclamé Yannick Coat, curé de la paroisse, auprès de l'Echo Républicain.

Éric Zemmour a donc dénoncé «  [les] dirigeants, [les] élites [qui] n’ont pas voulu préserver ces monuments, ces églises, ces clochers. » Une occasion toute trouvée pour manifester ­- une fois de plus - son amour pour les racines culturelles et chrétiennes de la France, tout en séduisant une population attachée à sa région. De fait, la pétition lancée par le groupe « Châteaudun pour tous » regroupe actuellement 3002 signataires. « Combien d’édifices magnifiques ont-ils été vendus ou détruits ces dernières années», poursuit Eric Zemmour. « Les péripéties autour de la vente de votre église de la Madeleine sont d’ailleurs très révélatrices. Je me réjouis évidemment que la mairie ait finalement choisi de faire marche arrière. Mais ouvrant la possibilité de vendre et de sacrifier ce petit morceau d’identité religieuse et locale, les élus locaux ont démontré alors tout le mépris qu’ils avaient pour ce territoire et pour son histoire. Pourtant la campagne française fait rêver le monde. »

Châteaudun est donc un lieu emblématique…et polémique, idéal pour un meeting zemmourien. Un lieu également inhabituel, pour l’ex-journaliste habitué des grandes villes, car la cité est installée en pleine campagne, dans « cette grande plaine de la Beauce céréalière ». Un lieu stratégique, en définitive.

Étiennette de La Ruffie

 


Les Français et la galette des rois : une tradition oubliée

Comme chaque début d’année, la galette des rois est mise à l’honneur dans les vitrines des boulangeries et rayons de supermarchés ; ce produit de consommation a supplanté le phénomène historique.

En ce 8 janvier, devant la boulangerie « À la Petite Marquise » du XVIe arrondissement de Paris, les gens vont et viennent avec baguettes de pain, sandwiches ou… galette des rois ! « Manger une galette c’est un peu pour clôturer les fêtes de fin d’année, c’est vraiment la dernière chose qui est liée à la période de Noël avant de reprendre l’année donc c’est important », explique Valentine, jeune pâtissière de 27 ans.

Un phénomène commercial

L’incontournable dessert de janvier est devenu un business lucratif pour les pâtissiers et industriels, qui réalisent jusqu’à 10% de leur chiffre annuel, selon Agro-média. Chaque année sont vendues plus de 30 millions de galettes en janvier en France. Un phénomène qui touche tous les Français, et se partage, entre amis, entre familles ou entre salariés. « Avec l’entreprise, on a fait notre galette des rois, le plus jeune est allé sous la table. Quitte à manger une galette, autant jouer le jeu qu’il y a autour », poursuit Valentine. Le marché est donc plutôt rentable pour les pâtissiers, qui n’hésitent pas à laisser libre cours à leur imagination et à rivaliser d’ingéniosité pour attirer le client. Galette au chocolat, galette aux pommes, la tradition s’est bien diversifiée. Toutefois, la traditionnelle frangipane reste la plus consommée, et ce à 80%. Et les Français n’hésitent pas à payer plus cher, jusqu’à 50€ la galette, pour profiter d’une fabrication artisanale.

Le phénomène commercial est si puissant qu’on en a oublié la véritable histoire, devenue un énième phénomène de consommation dont le seul but est de manger pour partager ; c’est ce que suggère Jules, jeune homme que nous avons rencontré : « C’est convivial, c’est bien pour tout le monde, c’est à partager ; il y a la fève, c’est toujours bien pour les enfants. En famille, on la fait tout le temps ». Pourtant, Valérie, enseignante et mère de trois enfants, se souvient de la tradition chrétienne : « moi je suis catholique, c’est une tradition religieuse après Noël. On parle des Rois Mages chez nous dans les pays catholiques latins ».

La longue histoire de la galette…

Fête commerciale ou tradition culturelle ? En réalité, la galette est l’héritage d’une tradition païenne ; elle vient des Saturnales, fête romaine qui célébrait Saturne et le retour progressif du soleil par un repas partagé entre maître et esclaves, d’après le dictionnaire Littré. Une fève – premier légume qui pousse au printemps – était glissée dans un gâteau dont l’aspect rond rappelait le soleil. Puis au XIVe siècle, l’Église a réinvesti cette célébration, en la faisant coïncider avec la fête de l’Épiphanie, jour de l’arrivée des Rois Mages. Celui qui tombe sur la fève se voit alors attribuer le titre de roi le temps d’une journée, en référence aux Rois Mages.

Selon Nadine Crétin, docteur en histoire et spécialiste en anthropologie religieuse, « ‘’tirer un roi’’ était commun dès le Moyen-Âge, le 5 janvier. Normalement, celui qui trouvait la fève devait payer sa tournée à la tablée. Certains prétendent que les plus avares avalaient la fève afin de ne pas débourser d'argent. C'est ainsi que serait née la fève en porcelaine, pour que le roi craigne de l'avaler ».

La tradition de la galette reste propre à la France ; elle s’est seulement exportée chez nos voisins belges et suisses. D’autres pays européens ont maintenu, mais moins massivement, la coutume, élaborant leur propre spécialité : le bolo rei brioché et fruité du Portugal, la vassilopita grecque et sa pièce de monnaie cachée ou encore le pitka bulgare. Mais nulle part ailleurs la tradition n’a pris la même ampleur que la France.

 


Pourquoi Valérie Pécresse baisse-t-elle dans les sondages ?

C’est un début de campagne qui semble raté pour les Républicains : les sondages qui annonçaient Valérie Pécresse gagnante face à Emmanuel Macron ont bien changé depuis un mois. Selon le dernier sondage Ipsos , la place au second tour de la candidate gagnante du congrès LR n’est aujourd’hui plus assurée face à Marine le Pen qui obtient 17% des intentions de vote contre 16 pour la candidate républicaine.

 

Une équipe de campagne divisée 

Le 28 décembre, Valérie Pécresse dévoile les noms qui forment son équipe de campagne. Parmi eux, on retrouve tous ses anciens adversaires de la primaire du parti ( Michel Barnier, Xavier Bertrand, Eric Ciotti et Philippe Juvin). On découvre également Guilhem Carayon, président des jeunes Républicains, souvent qualifié de conservateur ainsi que Florence Portelli, qui avait quitté le parti en 2019 dénonçant la droitisation du parti influencée par les idées de Laurent Wauquiez et Eric Ciotti. Le directeur de campagne, Geoffroy Didier, est quant à lui un liberal assumé qui se revendique en 2007 comme un “ Sarkozyste de gauche”, militant pour le mariage homosexuel et la legalisation de la PMA. L’équipe de campagne de Valérie Pécresse rassemble ainsi des sensibilités différentes qui semblent inconciliables, notamment sur les questions sociétales. L'électorat LR est donc lui aussi divisé et tenté de se disperser entre les différents autres candidats de la droite. Dans sa volonté de représenter l’ensemble du paysage politique de droite, Valérie Pécresse semble donc s'être perdue et se condamner à d'éternels compromis politiques, qui ont pourtant suicidé son parti à petit feu depuis la fin des années Sarkozy.

Une faible communication sur les RS 

Cette campagne présidentielle se joue en grande partie sur les réseaux sociaux. L’importance de ces derniers va grandissante et le pôle communication médias des partis est devenu central. L’arrivée de nouveaux réseaux sociaux comme TikTok bouscule les codes établis et oblige les équipes à être toujours plus actives et innovantes, à utiliser l’humour pour partager et promouvoir les idées de leurs candidats. Les gérants des réseaux sociaux de Jean-Luc Mélenchon ou d’Eric Zemmour l’ont bien compris : pour séduire les jeunes, il faut aller les chercher à l’endroit où ils sont le plus souvent et le plus nombreux. Les équipes de Valérie Pécresse ont pourtant eu beaucoup de mal à s’adapter : le compte TikTok de la candidate compte 166 abonnés quand celui d’Eric Zemmour en compte 157 200. L’écart abyssal entre les candidats  est le même sur l’ensemble des réseaux sociaux et explique aussi la chute des Républicains dans les sondages.

L’absence de mouvement jeunes 

Cette communication défaillante empêche Valérie Pécresse de créer un véritable mouvement de jeunes militants pour son élection. Le choix de Guilhem Carayon comme porte-parole officiel de la campagne est une tentative assumée de pallier cette défaillance. Le jeune homme, sur ses réseaux sociaux, tente de fédérer ses militants autour d’une campagne de “ panache”, de “ droite assumée”. Le syndicat étudiant UNI, traditionnellement associé au parti des Républicains ne participe pas à la campagne et certains de ses membres les plus importants ont même été aperçus à Villepinte ou à la Journée du Conservatisme , scandant “ Zemmour président”....

Une personnalité faible 

Cette présidentielle est aujourd’hui un combat entre candidats et non entre partis. Les figures d’Emmanuel Macron, de Marine le Pen ou d’Eric Zemmour fédèrent des soutiens autour du personnage qu’ils incarnent. Valérie Pécresse, elle, est noyée dans les personnalités fortes qui l’entourent. Ses soutiens sont finalement ceux du parti et  non d’une candidate. Obtenir de nouveaux électeurs en se montrant comme un leader  politique fort sera donc l’un des principaux enjeux de la campagne de la candidate


Présidentielles 2022 : un nouveau sondage donne Marine Le Pen au second tour

Bonne nouvelle pour la présidente du Rassemblement National : le récent sondage Ipsos réalisé pour Le Parisien et France Info la place au second tour face à Emmanuel Macron, avec 17 % des intentions de vote. Un rebond bienvenu dans sa campagne.

2022 commence bien pour Marine Le Pen : l’un des premiers sondages de l’année est prometteur. Pour le moment en tout cas. À l’heure où la campagne présidentielle entame sa dernière ligne droite, le sondage Ipsos-Sopra Steria publié le 7 janvier pour Le Parisien et France Info lui concède 17 % des voix. Emmanuel Macron a progressé avec 26 % des voix dans la foulée de ses propos-chocs sur les non-vaccinés. Le « président-candidat » a gagné 1 point par rapport à la vague de décembre, distançant ainsi Marine Le Pen de 9 points. Cette progression fulgurante pourrait-elle s’expliquer par les rumeurs montantes sur sa candidature ou bien sa promesse « d’emmerdement » des antivax ? Marine Le Pen a gagné 1 point en un mois elle aussi. Conséquence non négligeable : elle creuse l’écart avec l’ancien polémiste, Eric Zemmour, relégué à la 4e place de la course au pouvoir, avec 12 % des voix au premier tour, tandis que la candidate des Républicains, Valérie Pécresse, s’agrippe à sa rivale du Rassemblement National en stagnant à 16 %.

Autres données de l’enquête : si Macron et Le Pen passent le cap du premier tour et si le scénario de 2017 se répète cette année, l’écart du second tour sera encore plus grand que celui du premier : 58 % contre 42 % en faveur du presque-candidat de La République en Marche. Ceci pour une raison évidente : l’électorat de gauche fera barrage à la candidate du RN à tout prix, tout comme 48 % de l’électorat de Pécresse.

Mais aujourd’hui, seulement 39 % des sondés croient à une victoire de Macron. Tout ne semble donc pas encore joué pour le chef de l’État.

La stratégie lepéniste : faire de la défaite de 2017 un tremplin vers la victoire

Face au pôle position prévu d’Emmanuel Macron, Marine Le Pen ne lâche pas l’affaire, bien au contraire. Elle aussi a de l’expérience, celle de la défaite de 2017, et elle ne tient pas à reproduire les mêmes erreurs. Contrairement à Eric Zemmour dont les déplacements dans la population sont tous nouveaux, Marine Le Pen est en campagne depuis 2017, et l’entreprise de dédiabolisation du RN est à l’œuvre depuis plus longtemps encore, depuis que Jean-Marie Le Pen a laissé sa fille assurer la relève. Selon Brice Teinturier, directeur général d’Ipsos, « Zemmour a cessé de siphonner son électorat, elle (Marine Le Pen) peut espérer être au second tour. On revient à la situation d’avant le phénomène Zemmour ».

Cependant, double enjeu pour celle qui se présente pour la 3e fois à la présidence de la France : réinstaller le duel avec Macron et garder un œil sur Zemmour. Car sans la candidature de ce dernier, le même sondage estime que Marine Le Pen talonnerait Emmanuel Macron à 25 %. Pointilleuse, elle inspecte les points faibles de l’ancien polémiste pour tenter de s’en démarquer : pour elle, l’essoufflement de Zemmour s’expliquerait par la violence de ses propos, sa focalisation sur des thèmes clivants tels que l’identité et l’immigration, sa vision de la France qu’elle juge « rabougrie ». Elle estime que l’entreprise de dédiabolisation de son parti sera récompensée face aux écarts de son rival d’extrême-droite. Mais pour se démarquer de Macron, Le Pen est résolue : elle veut parler d’autre chose que de l’épidémie de covid. Selon elle, « Macron se sert de la crise sanitaire pour rentrer en campagne ». Autre objectif : viser ceux que le chef de l’État oublie. La candidate du RN le sait, elle recrute surtout parmi les jeunes ouvriers, artisans et commerçants, plutôt ruraux. C’est ce qu’elle doit viser, la France profonde qu’elle veut remettre à l’honneur et valoriser. Ainsi, en déplacement à Béziers ce vendredi, ses discussions avec le maire, Robert Ménard, ont essentiellement tourné autour de l’aménagement du territoire, de la politique sur le patrimoine ou du tourisme. Un discours qu’elle veut réitérer aujourd’hui à Carcassonne et demain à Perpignan.

La présidente du RN reste donc fidèle à elle-même et garde les rênes de son parti : l’immigration et la sécurité sont aussi mis sur la table. Dans sa lancée, elle assouplit son discours sur certaines thématiques et veut inscrire la « priorité nationale » dans la constitution, dans l’emploi comme dans l’octroi d’allocations ou la prise en charge médicale.

Avec l’annonce de son soutien à Marine Le Pen, le maire de Béziers a voulu encourager les efforts de cette dernière : « il y a quelques années, tu étais plus clivante que tu ne l’es (...). Marine, elle fait une campagne très différente de 2017, elle a pris une dimension différente, elle incarne mieux la fonction présidentielle ». Il la considère « plus ouverte aux autres, plus raisonnable ». « Marine » brandit à bras le corps son « slogan de Mayotte » : « rétablir l’autorité de l’État ».