Le terrible week-end de la gauche

L’annonce officielle de la candidature de Christiane Taubira dans la journée de samedi dernier, ainsi que le refus officiel d’Anne Hidalgo de se soumettre à une primaire ont démontré une fois de plus l’ampleur des divisions à gauche. Retour sur un week-end chaotique.

« Pour toutes ces exigences d’un gouvernement d’une grande démocratie, débarrassé de fantasmes monarchiques. Pour satisfaire toutes ces exigences, je suis candidate à la présidence de la République. » Dans un meeting en plein air, tenu dans le quartier de la Croix Rousse à Lyon, l’ancienne ministre de la Justice annonça officiellement sa candidature, emmitouflée dans une écharpe rose et une doudoune de couleur sombre. Sous les applaudissements de quelques centaines de militants, rassemblés dans un froid glacial, elle voulut se présenter comme la vraie candidate de gauche, à l’écoute des besoins des citoyens, en particulier des plus modestes et des opprimés. La Croix Rousse, symbole de la révolte des Canuts au XIXe siècle, est un lieu bien choisi pour faire passer ce message. Redéfinir le contenu du contrat social, lutter contre les inégalités en tous genres, protéger les salariés, ou encore assurer la transition écologique, Christiane Taubira présenta les grandes lignes d’un programme typiquement de gauche, que l’on saurait ne vraiment distinguer de celui de ses concurrents pour l’instant. Une déclaration de candidature attendue depuis déjà quelques semaines, qui ne crée aucun engouement à gauche, surtout chez la candidate du Parti socialiste, Anne Hidalgo.

« Une mauvaise nouvelle »

La candidate à 3 % ne put que faire un constat amer à propos de la candidature de l’ancienne ministre de la Justice. « C’est une candidature de plus, c’est une mauvaise nouvelle, […] cela crée de la confusion », regretta-t-elle sur BFMTV, renonçant ainsi au discours en faveur de l’union de la gauche, dont elle fut pourtant le défenseur acharné en décembre. L’entrée en campagne de Christiane Taubira ne présage rien de bon pour la candidate socialiste, qui a désormais face à elle une candidate plutôt populaire dans son camp, du moins chez certains militants. L’équipe de Christiane Taubira n’est pourtant pas très fournie en personnalités politiques. Parmi les soutiens d'élus, on trouve Renaud Payre, élu de la mairie de Lyon, et Olivia Fortin, adjointe au maire de la mairie de Marseille, des personnalités de second plan. Le défi pour la nouvelle candidate est de convaincre qu’elle est la seule à répondre aux aspirations de ses militants et sympathisants. Si elle y parvenait, elle mettrait la maire de Paris en danger. Toutefois, il y a du travail. Elle n'est pas seule à gauche, et doit faire face à d'autres candidats de plus grande envergure, en particulier Jean-Luc Mélenchon, dont le meeting à Nantes hier après-midi, rassembla plusieurs milliers de personnes, et qui montra une fois de plus que le candidat de La France Insoumise était encore bien établi.

Mélenchon : le refus de l’union

Dans une salle gigantesque, devant des centaines de militants exaltés, le candidat de la France Insoumise fustigea l’absence de sérieux de la gauche, et rappela sa détermination à mener sa campagne jusqu’au bout. « Nous ne sommes pas concernés pas les mésaventures du centre-gauche. Nous n’irons pas nous disputer avec eux, parce que nous ne sommes pas concernés par la compétition entre le Parti radical de gauche de Mme Taubira, et le Parti socialiste de Mme Hidalgo. » Dans un meeting à 360 degrés, et une salle avec des écrans géants, immergeant les participants dans l’ambiance correspondant aux thématiques abordées, Jean-Luc Mélenchon fit fureur. Surtout, il parvint à montrer qu’il avait encore de la vigueur. Politique étrangère, environnement, énergies, ou encore politique de l’espace, le candidat insoumis montra sa capacité à présenter un programme large, ambitieux et innovant, en promouvant par exemple la fondation d’une université spatiale francophone, afin d’unifier les savoirs de nombreux pays. Nous sommes loin des revendications d’Hidalgo sur la sanctuarisation de la retraite à 62 ans, idée dont Mélenchon ne manqua point de se moquer, ou encore des 800 € mensuels de salaire minimum proposés par Christiane Taubira à chaque étudiant. Jean-Luc Mélenchon a l’art d’enthousiasmer ses militants, jeunes et moins jeunes. Ce succès du candidat insoumis inquiète les organisateurs de la Primaire populaire, qui paraissent de moins en moins sûrs d'eux-mêmes.

Une primaire populaire en berne

Le projet de Samuel Grysbowski avait du plomb dans l’aile dès le départ, et n’est toujours pas près de décoller. Le premier tour de la primaire populaire, prévu le 27 janvier, doit choisir un candidat, parmi les sept parrainés par les militants. Parmi ceux qui sont sélectionnés, trois ont déjà refusé d’y prendre part : Jean-Luc Mélenchon, Jannick Jadot et Anne Hidalgo. Cette primaire, qui avait pour projet d’unir la gauche, pourrait à l’inverse contribuer à la diviser davantage si elle choisissait un autre candidat que ceux déjà lancés dans la présidentielle. Au total, cela ferait huit candidats, au lieu de sept aujourd’hui. À l’heure actuelle, les organisateurs revendiquent 250 000 inscrits. Si Christiane Taubira – parrainée aussi par cette primaire – n’est pas choisie, renoncera-t-elle à être candidate ? Pour l’instant, elle semble bien déterminée à aller jusqu’au bout. Peut-être sent elle le vent tourner en sa faveur ? Si toutefois la primaire la choisissait, son socle électoral s'élargirait sûrement, et des soutiens pourraient venir s’agréger autour d’elle. De quoi affaiblir encore un peu plus Anne Hidalgo. Il reste quelques jours à Christiane Taubira pour convaincre les militants de la primaire populaire. Sinon, elle fera cavalier seul, sans parti.


Gaspard Koenig : le candidat de la simplification

Il aime citer Tocqueville et Montaigne, et plaide ardemment pour la fin de l’État providence. Le philosophe et essayiste Gaspard Koenig se revendique le seul candidat libéral à l'élection présidentielle. De fait, son programme détonne avec celui de ses concurrents.

« Président de la République, ça ne me fait pas rêver, je ne suis pas un sauveur, je ne suis pas un messie, je ne guéris pas des écrouelles », avouait-il sur le plateau des "4 Vérités" sur France 2. Pourtant, l'homme se lance dans la bataille présidentielle. Le candidat de 38 ans, fondateur du think tank libéral GenerationLibre, revient d’un tour de France à cheval, sur les traces de Montaigne. Ce voyage de plusieurs semaines lui a permis de rencontrer les Français et de se forger un programme. Il souhaite peser dans le débat public, avec des idées innovantes. Fini le temps où il en proposait aux candidats. Ces derniers sont « imprégnés de jacobinisme » et ont « les oreilles bouchées ».  A vouloir être subversif, Gaspard Koenig pourrait bien dissuader des maires de le parrainer, qui sait ?

« Refonder notre droit »

Le candidat du parti Simple a une mesure phare : diviser par 100 le nombre de normes juridiques, sans s’interroger sur celles qui marchent et celles qui ne marchent pas. C’est le projet Portalis, en hommage au principal rédacteur du Code civil de 1804. Gaspard Koenig ambitionne de rendre compréhensible le fonctionnement de l’Etat et de mettre fin à l’inflation législative, dans laquelle la France est engagée depuis les années 1970. « La simplification, c’est de la justice sociale », aime-t-il répéter. Dans le système actuel, seuls les privilégiés peuvent avoir accès au système administratif, tant sa complexité est grande. « On meurt de la multiplication de micro-lois pour aiguiller les comportements, alors que la loi doit dire ce qui est interdit », assénait-il dans le quotidien l’Opinion. Selon lui, la loi ne doit pas être un moyen de contrôler les personnes, de leur faire la morale. Sa vocation est de permettre aux citoyens de mieux vivre ensemble et d'exercer leur liberté. Interrogé sur son soutien à Emmanuel Macron en 2017, Gaspard Koenig ne cache pas sa déception : « Le président [...] a pris une attitude extrêmement autoritaire ; il a gouverné d'en haut et a représidentialisé les institutions. »

« Prendre au sérieux la liberté des Français »

Son tour de France à cheval sur les traces de Montaigne a renforcé en lui une conviction : les Français veulent moins de bureaucratie. Ils sont capables de se gouverner eux-mêmes. Pour y parvenir, il propose d'accroître l'autonomie des collectivités locales. Celles-ci devraient pouvoir décider de tout ce qui les concerne directement, en particulier des services qu'il nomme « à proximité de bus » : l'école, la culture, le logement, ou encore la sécurité.  Gaspard Koenig veut aussi redonner le pouvoir au peuple, en facilitant l'organisation de référendums locaux d’initiative citoyenne. Il n'est certes pas le premier à faire des propositions en ce sens, mais dans la campagne actuelle, il paraît bien le seul à mettre la question en avant.

La vertu du revenu universel

La proposition choc de Gaspard Koenig paraît contraire aux idéaux du libéralisme, qui prônent l'émancipation de l'individu à l'égard de l'État, et maudissent l'État providence. Pourtant il l’assume : le revenu universel est au cœur de l’histoire du libéralisme. Non pas du néolibéralisme ni de l’affairisme de Jeremy Bentham et de John Stuart Mill. Mais un libéralisme où l'individu est appelé à faire des choix libres et responsables. Le revenu universel serait un moyen d'aider les personnes dans le besoin à ne pas tomber dans la misère, tout en les incitant à trouver un travail. Son expérimentation du revenu universel dans un village au Brésil en a été la preuve : les personnes sans travail et dans le besoin sont capables d’utiliser leur revenu de manière responsable, pour choisir des activités générant du revenu. Autrement dit, il souhaite éduquer à la liberté plutôt que de se contenter de l’assistanat. Avec un revenu de départ distribué à chacun, on évite le système actuel de distribution massive de subventions, complexe et bureaucratisé.

Toutefois, il lui reste encore à convaincre les maires de France de le parrainer. Si sa personnalité est moins controversée que celle de certains de ses contradicteurs, ses idées n’en sont pas moins subversives. Diminuer la place de l'Etat en France suscite souvent des craintes. Reste à savoir s’il parviendra à créer un engouement suffisant autour de ses idées. Il a jusqu’au 4 mars pour finir son tour de France des maires. Peut-être en train cette fois-ci.


Peltier chez Zemmour : un passage risqué

Le ralliement de Guillaume Peltier au candidat Éric Zemmour fait grand bruit. L’ancien vice-président des Républicains et député du Loir-et-Cher, nommé aussitôt porte-parole du parti Reconquête, n’en est pas à son premier revirement. Ce qui interroge sur sa fiabilité et sa loyauté.

« J'ai pris la décision de soutenir le seul candidat de la droite, le seul candidat du RPR, je rejoins Éric Zemmour ! » Cette déclaration de Guillaume Peltier aux journalistes du Grand Rendez-Vous d'Europe 1, en partenariat avec CNews et Les Echos, provoqua son expulsion quasi-immédiate des Républicains dont il était membre depuis 2008. Invitée sur France info hier matin, Valérie Pécresse qualifiait son départ de « non-événement ». Démis de ses fonctions de vice-président début décembre 2021, à cause de sa trop grande proximité avec les idées du candidat de Reconquête, son départ n’était pas vraiment une surprise. « Il [Guillaume Peltier NDLR] voulait faire un coup de com’, et se déclarer en début d’année », commentait Valérie Pécresse ce matin. Son expulsion était déjà actée depuis quelques semaines. « Il s’était terriblement isolé, il avait successivement changé de cheval, personne n’avait confiance. » Le message est clair, et n’est d’ailleurs pas dénué de sens. La primaire des Républicains l’a bien montré : Guillaume Peltier n'a pas été le candidat de la loyauté, loin de là.

Velléitaire

Plus que les convictions, les chances de gagner paraissent avoir davantage motivé les choix politiques de Guillaume Peltier. En juin, il se mit à soutenir activement Xavier Bertrand, alors que le baron nordiste n'était pas membre des LR et refusait obstinément de les réintégrer. Ce choix valut à Guillaume Peltier d’être déchu son poste de vice-président par Christian Jacob. En novembre, il se rallia à Éric Ciotti, baron sudiste. Cette trahison ne lui servit à rien. Ses velléités reflètent son opportunisme. Aujourd'hui, l'ex-FN affirme partage entièrement les valeurs défendues par Éric Zemmour depuis novembre.

Mauvais accueil

Le départ de Guillaume Peltier est accueilli de manière contrastée. Le député de l'Yonne, Guillaume Larrivée, s’en réjouit dans un tweet laconique posté hier, « Son retour dans les arrière-boutiques de l’extrême-droite est une excellente nouvelle. Bon débarras ! ». Quant à Éric Ciotti, il ne put que constater que « Guillaume a beaucoup changé dans sa carrière politique, […] il revient toujours au point de départ. Il était au Rassemblement national, il y revient progressivement. » Peltier passa l’ensemble de sa carrière à la droite de l’échiquier politique. Il militait au Front national dans sa jeunesse, du temps où Jean-Marie le Pen était président. Il rallia Bruno Mégret en 1988, lorsqu’il fonda le Mouvement national républicain. Il rejoignit ensuite Philippe de Villiers au Mouvement national républicain, avant d’adhérer aux Républicains en 2008. Autant dire qu’il a du mal à rester fidèle à une même famille politique, ce qui laisse d'ailleurs songeur sur sa fidélité à long terme à l'égard d'Éric Zemmour.

Un choix risqué

Guillaume Peltier prend un risque en se ralliant à Éric Zemmour. Une chose est certaine, s'il échoue avec lui, Les Républicains ne lui ouvriront plus leurs portes. Il est probable que le RN en fasse autant. « Là où Guillaume Peltier passe, les campagnes trépassent », assénait hier soir Marine le Pen au micro de BFMTV. Elle a affirmé d'ailleurs qu'il aurait « tapé à sa porte » hier, qu'elle a tenue fermée. Les semaines à venir montreront si Guillaume Peltier parvient à devenir un pilier de Reconquête.


Valérie Pécresse sonne la charge contre Emmanuel Macron

Dans une conférence de presse donnée hier après-midi dans son QG de campagne du XVIIe arrondissement de Paris, la candidate Les Républicains a attaqué frontalement le président, après ses propos sur les non-vaccinés publiés dans Le Parisien.

Valérie Pécresse veut se replacer au centre du jeu. La candidate était donnée comme la principale rivale après les primaires de décembre. Or, le dernier sondage Ipsos Sopra Steria, paru hier soir, donne Marine le Pen en deuxième position. La campagne s'annonce très concurrentielle et Valérie Pécresse doit démontrer sa solidité.

« Je dois relever la fonction présidentielle »

La candidate LR cherche à se montrer comme la seule alternance possible, face à un président suscitant « la discorde et le mépris ». Elle s’affirme comme le porte-voix de tous ceux qui se seraient sentis blessés par les propos macroniens – les non-vaccinés autrement dit. Valérie Pécresse prétend incarner « le respect » face au mépris. Et de rappeler des paroles comme « les gaulois réfractaires, gens qui ne sont rien ». S’en prendre au président, c’est un moyen de rassembler un camp divisé.

Le passe vaccinal

« Je ne serai pas une présidente soliste, mais une présidente chef d’orchestre », poursuit-elle. Après la débâcle des Républicains sur le passe vaccinal, Valérie Pécresse veut montrer l’unité de son camp et sa vigueur, en paraissant entourée de ses anciens concurrents à la primaire et du président du Sénat. Pourtant, elle est favorable au passe vaccinal, mais les députés de son camp sont divisés, comme le montre le vote à l’Assemblée nationale du 5 janvier. Ils se montrèrent incapables de se fixer une ligne commune, chacun en faisant à sa tête. Il était temps pour la prétendante LR de se repositionner en candidate sûre d’elle-même, proche des réalités des Français.

Relever la tête

Valérie Pécresse accuse le président d’être « déconnecté des aspirations profondes » des Français. Une référence indirecte aux personnes non-vaccinées, à qui elle adressa un message de soutien en début de semaine, alors même que le président les traitait d'« irresponsables ». Cet appel à ces 8 % de récalcitrants ne tient pas du hasard. Le dernier sondage Ipsos publié hier soir la donne juste derrière Marine le Pen, à 16% . Ce chiffre inquiète son camp. D'autant que la cote du président de la République ne baisse pas, même après ses propos sur le non-vaccinés. Emmanuel Macron oscille toujours entre 26 et 27%, loin devant ses concurrents.

Se distinguer ou couler

Valérie Pécresse est placée devant une alternative : se distinguer à droite ou couler. Interrogé sur France info, le politologue de chez Ipsos, Matthieu Gallard, estime qu’il « y a un fort scepticisme » de la part de l’électorat de Valérie Pécresse sur sa victoire au premier tour. Les réticents au vaccin hésitent à faire le pas vers Éric Zemmour ou Marine le Pen. Valérie Pécresse cherche à les séduire pour espérer brasser aussi large que possible à droite et ne froisser personne. Reste à savoir si cette stratégie sera suffisante pour la distinguer des autres candidats. Interrogée sur la possibilité qu’Éric Zemmour ne puisse pas se présenter faute de parrainages suffisants, elle se veut conciliante. Evoquant Voltaire, elle affirma qu’« il faut se battre pour que tous ceux qui ne pensent pas comme nous puissent le dire ». La suite de la campagne montrera si elle est capable de se distinguer sur ses idées qu’elle peine pour l’instant à exposer, tant la crise sanitaire obère le débat public. Les enjeux sanitaires ou sécuritaire ne suffiront pas à faire entendre une différence : il faudra parler d’autre chose : économie, impôts, pouvoir d’achat. Il lui reste un peu moins de 100 jours pour redynamiser sa campagne, consolider son électorat et creuser l’écart de manière décisive à droite.


La difficile structuration de l'Islam en France

Au Conseil français du culte musulman (CFCM) va succéder le mois prochain le Forum de l’Islam de France (FORIF). Une question demeure : est-il possible et réaliste de structurer l'islam en France ?

Fondé en 2003, le CFCM regroupe huit associations censées représenter les différentes tendances de l’Islam de France (UMF, GMP, MF, CCMTF, CIMG­ France, RMF, FFAIACA et FP). Miné par les désaccords, celles-ci transformèrent l'organisme en « coquille vide », selon les mots de son président Mohammed Massaoui. D’ailleurs, le mois dernier, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin avait annoncé que le dialogue était rompu entre le CFCM et l’Etat. Si le FORIF constitue une nouvelle tentative de départ, les questions demeurent : les rapports avec la République, le financement et la formation des imams.

L'absence d'unité

En début de semaine, un haut fonctionnaire au ministère de l’Intérieur confiait au Figaro que les différentes tendances de l'islam en France « n’ont pas de véritables différends idéologiques mais qu'elles importent sur notre sol une guerre algéro-marocaine ». Les Algériens de la branche du recteur de la grande mosquée de Paris, Chems-Eddine Haffiz, ne parviennent pas à s’entendre avec les Marocains, menés par le nouveau président du Conseil national des imams, Mohammed Massaoui. Il y a aussi des Tunisiens et des Turcs dont l’association Milli Gorüs est controversée. Chacun a une vision différente de la manière d’appliquer le Coran, en ce qui touche à l’égalité homme-femme, au prosélytisme, ou encore à la laïcité. Les associations islamiques ne sont pas unies. Elles illustrèrent leurs désaccords lors de la signature de la charte pour l’Islam de France (janvier 2021). Trois des huit associations membres du CFCM la refusèrent dont Milli Gorüs et l’association pakistanaise, de tendance rigoriste, Foi et Pratique.

Une nouvelle tentative vouée à l’échec ?

En 2003, le volontarisme de Nicolas Sarkozy, alors ministre l’Intérieur, se révéla sans effet. En octobre 2007, à la Grande mosquée de Paris, il avait vanté la nouvelle institution comme « un facteur d'intégration et d'apaisement ». Mais les années qui suivirent ne montrèrent aucun progrès. Emmanuel Macron saura-t-il régler cette question ? Les décrets de la loi sur le séparatisme adoptés en août dernier sont attendus en février. Ils touchent toutes les religions et présagent un regain de tension dans les relations avec l'Etat. L'islam est encore loin d’être le « partenaire de la République » dont rêvait le président lors de ses vœux aux religions le 5 janvier dernier.


La primaire populaire : un échec annoncé ?

Les temps sont durs pour la gauche depuis le début de la campagne présidentielle. Les divisions sont fortes et aucun candidat ne parvient à dépasser la barre des 10 % d’intentions de vote. Quelques mois après le déclenchement de la primaire populaire à gauche, il semblerait qu’elle enthousiasme peu les foules, et contribue à multiplier encore le nombre de prétendants.

L’objectif d'une primaire est simple : permettre au candidat désigné de se qualifier au second tour de la présidentielle. Depuis octobre 2020, Samuel Grzybowski réfléchit à l’organisation de la primaire à gauche. L'entrepreneur social propose un système ouvert. Au lieu d’avoir des candidats déclarés élus sur un programme, il suggère que militants et sympathisants parrainent la personnalité la plus représentative de leurs idées, qu'il s'agisse par exemple de la défense de l’environnement, des droits LGBTQ ou du combat contre le racisme. En octobre dernier, neuf personnalités ont été sélectionnées dont trois déjà investies par leurs partis : Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Anne Hidalgo. Depuis quatre ans, les grandes structures ont du mal à mobiliser les électeurs de gauche. L'initiative de la primaire ouverte vient un peu tard et divise. Plusieurs candidats de gauche déjà déclarés comptent bien mener leur campagne jusqu’au bout, tant qu'ils peuvent espérer faire plus de 5 %.

L’impossible union des gauches

La perspective ouverte par Samuel Grzybowski séduit des intellectuels et des militants. Mais l’initiative ne plaît pas aux candidats, comme celui d'Europe Ecologie les Verts, Yannick Jadot, déjà désigné par une primaire, qui plafonne pour l'instant à 5 % des intentions de vote. Jean-Luc Mélenchon, crédité au mieux de 12 % des intentions de vote, refuse lui aussi cette perspective. Quant à Anne Hidalgo, elle n’a plus qu’à espérer que les militants de gauche la choisissent, ce qui semble mal parti. Son profil parisien fait fuir nombre d’électeurs, en témoigne son niveau actuel dans les sondages : entre 4 et 5 %. La possible candidature de Christiane Taubira, sélectionnée par les électeurs de la primaire populaire, ne va pas faciliter l'unité de la gauche. Reste à savoir si elle osera faire le pas de se présenter. Ses derniers déplacements en Ariège et ses attaques à propos des propos de la droite font croire que cette candidature est presque officielle. Elle annoncera si oui ou non elle fait ce pas le 15 janvier prochain.

Le problème de la gauche : les idées

Certaines personnalités comme Manuel Valls affirment que la déprise de la gauche est due à son revirement idéologique. Depuis quelques années, elle centre ses luttes exclusivement sur le plan sociétal et environnemental, et délaisse ses combats traditionnels : la défense des droits des ouvriers et des salariés, ou des personnes à revenu modeste. Ce sont désormais des causes culturelles qui la préoccupent : l'écologie, le wokisme et la cancel culture, les droits LGBTQ, ou la fin du nucléaire. Mais ces sujets répondent-ils vraiment aux préoccupations des Français ? La gauche s'éloigne du peuple depuis trop longtemps, alors qu’elle a toujours prétendu le représenter. Sans doute que la grève de la fin, entamée le 5 janvier par le président de Nouvelle Donne et candidat sélectionné à la Primaire populaire, Pierre Larouturou, avec une dizaine d'autres militants, ne suffira pas pour convaincre les candidats de gauche à s'unir non plus. Il ferait peut-être mieux de manger à sa faim, et de proposer des idées qui dépassent, si possible, la question du réchauffement climatique, son principal cheval de bataille depuis une dizaine d'années. Peut-être que le candidat sélectionné les 27 et 30 janvier prochains à la primaire populaire saura comprendre ce problème. En tous cas, la Primaire populaire ne semble pas être la solution pour renouveler la gauche.


La COP26 de Glasgow, un échec ?

Du début à la fin, la COP26 de Glasgow fut marquée par l'indifférence, aussi bien chez de nombreux chefs d'État que dans l’opinion publique mondiale. Elle s'est terminée le samedi 13 novembre dernier avec un accord conclu in extremis qui n'a paru satisfaire personne.

La conférence sur le climat de Glasgow commençait mal dès le départ, le 31 octobre 2021, et elle n’a pas vraiment mieux fini. Dès le début, Boris Johnson affirmait sa déception, en particulier à cause de l’absence du président chinois Xi Jinping, dont le pays est le premier pollueur de la planète. Le ton était ainsi donné, on ne devait pas s'attendre à ce que des engagements historiques soient pris à l'issue de la conférence. Le contenu de l'accord du 13 novembre dernier a d'ailleurs confirmé la perspective pessimiste du Premier ministre anglais.

Un point d’étape décevant

L’objectif de ce sommet était de faire un point sur la mise en œuvre de l’accord de Paris, signé en 2015. Repoussée d’un an, à cause de la crise de la Covid-19, la conférence sur le climat a commencé sur un constat décevant, face aux faibles résultats obtenus six ans après. L’émission des gaz à effet de serre a augmenté dans le monde entier, et les aides apportées par les pays dits "riches" aux pays en voie de développement n’ont pas atteint les 100 milliards par an prévus dans l'accord de 2009. Toutefois, cela n’a pas empêché l’inclusion de nouvelles mesures pour les années à venir.

Quelles « avancées » pour le climat ?

Il aura fallu plusieurs nuits de tergiversations pour que les 197 États participant à la COP26 arrivent à un accord commun, assez insignifiant dans l’ensemble. La fin de l’exploitation des énergies fossiles d’ici la fin de l'année 2022, en particulier le charbon, est un des objectifs majeurs fixés. Ensuite, les États s’engagent à réduire de 45% les émissions de gaz à effet de serre, d’ici 2030. On en est encore bien loin. La réduction des émissions de méthane est une autre mesure phare introduite dans le texte. Bien sûr, l’accord réaffirme l’objectif de limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5°C d’ici 2050. Rien de très neuf donc, si ce n’est que cet objectif paraît de moins en moins réalisable, d'autant que l’ONU estime qu’au vu des résultats de l’application des accords de Paris, une augmentation du mercure de 2,7°C est envisageable. D’ailleurs, la plupart des chefs d’État ne sont pas sortis enthousiastes de ce sommet.

Des avis mitigés

« L’accord […] est un grand pas en avant », affirmait Boris Johnson dimanche dernier. Le Premier ministre britannique ne pouvait pas faire profil bas. Mais sa déclaration est loin d’être représentative de l’humeur des autres chefs d’État. La Chine et l’Inde, bien que signataires du traité, sont insatisfaites. Le point de désaccord est l’insistance dans le texte sur la réduction de l’usage des énergies fossiles, en particulier le charbon, dont ils sont les premiers consommateurs mondiaux. La ministre de la Transition énergétique Barbara Pompili n’a pas caché, quant à elle, sa déception samedi dernier, en concédant qu’il « n’était pas le texte plus ambitieux du monde ». Jennifer Morgan, directrice de Greenpeace, a exprimé sa colère face à ce texte : « C’est mou, c’est faible, et l’objectif de 1,5°C est à peine en vie », a-t-elle déploré. L’on reconnaîtra tout de même qu’il est difficile de satisfaire ce mouvement et ses leaders, pour qui la planète est en perdition depuis déjà longtemps. Malheureusement pour eux, leurs prédictions alarmistes sont loin de s'être révélées vraies pour l'instant.

Un sommet mal venu

Le contexte diplomatique très tendu entre les États-Unis et la Chine sur la question taïwanaise ne pouvait être occulté par un sommet sur le climat, malgré l’importance que tant de commentateurs ou de militants voulaient donner à la question. Il faudrait que la lutte contre le réchauffement climatique soit l’occasion de dépasser les divisions entre les pays et la recherche de leurs intérêts propres. Mais la réalité finit toujours par refaire surface : la défense et la sécurité des intérêts stratégiques des États-Unis et de la Chine sont prioritaires ; le climat à côté de cela, n’a aucune importance ou presque.

L’accord symbolique entre la Chine et les États-Unis

Samedi matin, le président américain Joe Biden s’est gargarisé d’avoir trouvé un accord avec la Chine, le 10 novembre dernier. Dans le texte, la Chine et les États-Unis rappellent les engagements, pris lors de la COP21, à réduire les émissions de méthane et l’usage des énergies fossiles, dès 2022, en particulier le charbon. Mais cet accord n’engage en rien les deux parties. Leurs préoccupations sont assez éloignées de la question climatique. Et sans doute que dans les semaines à venir, elles le seront encore.


Alzheimer : les vraies causes de la progression de la maladie identifiées par des chercheurs en vue d'un traitement

Dans une étude publiée vendredi 29 octobre par la revue scientifique américaine Science Advances, des chercheurs ont observé les causes de l’évolution de la maladie d’Alzheimer dans différentes zones du cerveau. Cette découverte pourrait améliorer les traitements de dizaines de millions de patients à travers le monde.

La maladie d’Alzheimer nous dévoile peu à peu ses secrets. Des scientifiques révèlent, dans la revue Science Advances, la présence d’amas de protéines toxiques réparties dans le cerveau des patients atteints par la maladie. S’agrégeant au fil des années dans différentes zones de l'encéphale, ces protéines seraient responsables du déclin cognitif lié à la maladie d’Alzheimer. Première étude à s’appuyer sur des données humaines, celle-ci contredit les recherches jusque-là menées sur des souris. 

Deux protéines produites dans le cerveau responsables d’Alzheimer

Les résultats de l'étude montrent que les molécules responsables de la dégénérescence ne s'établiraient pas à partir d'un point fixe du cerveau, mais s’installeraient très rapidement dans plusieurs zones de celui-ci.  Selon le Dr. Meisl, professeur de chimie à l’université de Cambridge (Royaume-Uni) et principal auteur de l’article, « deux éléments ont rendu ce travail possible ». Ainsi, il se fonde sur « l’étude de données très détaillées venant de TEP-Scan [Tomographie par Émission de Positions couplée à un scanner] et de divers ensembles de données rassemblées » ainsi que sur « des modèles mathématiques qui ont été développés au cours des dix dernières années ».

L’exploitation de 400 échantillons de cerveaux humains de personnes décédées, atteintes de la maladie d’Alzheimer, couplée à l’analyse de 100 cerveaux de malades vivants par TEP-Scan, a permis de suivre l’évolution de deux protéines responsables : tau et bêta-amyloïde. Leur accumulation dans le cerveau provoque la mort des cellules cérébrales et un rétrécissement de l’encéphale.

Vers un possible traitement de la maladie d’Alzheimer 

Co-auteur de l’étude et chercheur au département de chimie de l’université de Cambridge, le Pr. Knowles déclare que « cette recherche montre l’intérêt de travailler avec des données humaines plutôt qu’avec des modèles animaux imparfaits ». Le scientifique indique que « maintenant, nous sommes en mesure d’étudier ce processus au niveau moléculaire chez de vrais patients, ce qui est une étape importante pour un jour développer des traitements ». Avec ces nouvelles ressources disponibles, la recherche a progressé de façon considérable dans l'étude des maladies neurodégénératives. En effet, le professeur ajoute : « La principale découverte est que le fait d’arrêter la réplication des agrégats plutôt que leur propagation sera plus efficace aux stades de la maladie que nous avons étudiés ».

Dans un communiqué de l’Alzheimer’s Research UK, la chercheuse Sara Imarisio espère « que cette étude et d'autres permettront d'orienter le développement de futurs traitements ciblant la protéine tau, afin qu'ils aient plus de chance de ralentir la maladie et d'aider les personnes atteintes de démence. » À en croire le Pr. Knowles, ces nouvelles méthodes de recherche pourraient bien apporter une compréhension renouvelée de l’ensemble des maladies neurodégénératives, avec l’espoir pour des millions de patients de voir l’arrivée prochaine de traitements préventifs.


Ciotti : la surprise du congrès des Républicains

Éric Ciotti, vainqueur du premier tour de la primaire des Républicains, a surpris tous les commentateurs, à commencer par les sondeurs. Ceux-ci partaient du principe que ce serait Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse qui s'imposeraient. Avec 25,6% des voix, et fort d’une participation de 80%, il donne de nouveaux espoirs aux anciens fillonistes et à toute une frange libérale-conservatrice dans son parti.

Une grande joie et un grand enthousiasme se sont emparés des militants et des soutiens d’Eric Ciotti dans l’après-midi du 2 décembre. Le candidat le moins attendu de la primaire, a nettement devancé ses adversaires, en remportant 25,6% des votes exprimés par les militants du congrès LR. Xavier Bertrand et Michel Barnier sont arrivés respectivement troisième et quatrième du scrutin, avec un score avoisinant les 23-24%. Le quatrième homme, qu'on s'attendait à voir jouer de nouveau le rôle de soutien du vainqueur, est finalement le premier de la course. Il devance de peu Valérie Pécresse, qui recueille 25% des suffrages, juste derrière lui.

« C’est un redressement national »

C’est en ces mots qu’Éric Ciotti a débuté son allocution devant un parterre de journalistes. C’est sans doute la première fois que les médias portent autant d’intérêt au candidat victorieux du premier tour. Eric Ciotti prétend incarner une droite qui s’assume, avec un programme qu’il a souvent revendiqué de « radical ». Finies les demi-mesures dans le domaine de la sécurité, de l’immigration ou encore de l’économie. Ciotti est le candidat de la sécurité, de l’ordre et des baisses d’impôt. Il se prétend celui qui rassemble tous les fillonistes déçus, et ceux qui seraient encore tentés de rejoindre la Rassemblement national, et surtout Éric Zemmour.

« Je n’ai jamais quitté le parti »

Ciotti est le candidat de la loyauté. Il n’a pas manqué de le rappeler ces derniers mois, pour se démarquer de ses deux principaux concurrents Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. L’un et l’autre avaient claqué la porte des LR, en 2017 et 2019, dénonçant la ligne trop radicale du parti. Ils ont été forcés de le rejoindre en fin de compte. Le plus récalcitrant, Xavier Bertrand, ne peut que le regretter, maintenant qu’il est disqualifié pour le second tour de la primaire.

Un combat difficile en perspective 

La victoire du « candidat de la radicalité » au premier tour ne signifie pas qu’il a ses chances pour le second. « Ciotti est le Sandrine Rousseau des Verts », affirmait l’éditorialiste au Figaro Carl Meeus sur le FigaroLive hier après-midi. Il est capable de rassembler une frange importante de la droite LR, mais pas de l’unir. Les ralliements immédiats de Xavier Bertrand, Michel Barnier et Philippe Juvin à Valérie Pécresse après l’annonce des résultats, sont le signe qu'un front anti-Ciotti s'est bien formé pour le second tour, au sein du parti (second tour qui a débuté ce matin).  Les militants suivront-ils les consignes de leur champion ou non ? Tout dépendra de la capacité de Ciotti à rassembler, tout en conservant son image d’homme de convictions. Nous saurons samedi s’il y est parvenu.