Macron et la fin de vie : l’inusable « en même temps »
Sur fond de retour à une forme de démocratie participative, Emmanuel Macron a confié le sujet de la fin de vie à une conférence citoyenne qui doit rendre ses conclusions fin mars.
La fin de vie en France est un sujet délicat à manipuler. Emmanuel Macron l’a bien compris, et pour briser le tabou, il a préféré organiser début décembre une conférence citoyenne. A la question d’Elisabeth Borne, « Le cadre d’accompagnement de la fin de vie répond-il aux différentes situations rencontrées ou d’éventuels changements doivent-ils être introduits ? », les 185 participants ont majoritairement répondu « oui ». Quatre mois ponctués de 9 sessions de débats menés par le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Faut-il favoriser l’aide active à mourir en estimant que provoquer la mort du patient est le meilleur soin qu’il puisse recevoir ou faut-il songer sérieusement au développement massif des structures de soins palliatifs ?
Un président indécis
Portée par l’exécutif, cette manœuvre citoyenne illustre bien l’urgence et le manque d’organisation dans le camp Renaissance. Pour le comprendre, il faut remonter à la genèse du projet. Lors de son premier quinquennat, Emmanuel Macron s’était montré très évasif sur la fin de vie, se contentant de relancer un plan de développement des soins palliatifs. Une manière de réparer la fuite avec un mauvais ruban adhésif. Comme pour d’autres sujets, la période du Covid a relancé les débats. L’année dernière, l’Assemblée nationale avait étudié une proposition de loi du camp Renaissance « pour le droit à une fin de vie libre et choisie ». La proposition avait recueilli un large soutien des députés de la majorité mais n’avait pu être votée dans les temps.
Cette issue n’avait pas contrarié Emmanuel Macron outre mesure. Depuis que la question d’une ouverture à une aide active à mourir lui a été posée, le locataire de l’Elysée danse sur un pied, puis l’autre. S'il n'est pas opposé à la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie sur le modèle défendu par la Belgique, le président souhaite néanmoins soumettre la question au débat démocratique. D’où ces quelques lignes dans son programme pour l'élection présidentielle de 2022, invitant à la constitution d’une conférence citoyenne, qui jetterait les bases d’un projet de loi du gouvernement en avril prochain.
Devant ceux qui souhaitent le sonder plus en profondeur, Emmanuel Macron entretien ce fameux « en même temps » qui l’accompagne (trop) souvent. En présence des représentants des cultes, il se contente d’introduire les débats et de conclure, sans jamais en dire trop. En septembre dernier, il s’était entretenu avec l’actrice Line Renaud, marraine de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), qui incitait le président à légaliser l’aide active à mourir. Emmanuel Macron lui avait assuré que la loi changerait. Mais le mois suivant, après une visite au pape François, le patron de Renaissance s’était montré plus prudent devant le Saint-Siège : « Le pape sait que je ne ferais pas n’importe quoi. » Le 9 décembre, la première session de la convention citoyenne sur la fin de vie est le moyen pour Emmanuel Macron de se déresponsabiliser d’un sujet sensible. Pour l’heure, cette assemblée de citoyens s’est prononcée en faveur de l’aide active à mourir, y compris pour les mineurs et les personnes dont le pronostic vital n’est pas engagé.
Des voix s'élèvent face à un système de santé défaillant
Face aux difficultés d’accéder aux soins et de les prodiguer dans de bonnes conditions, les professionnels de santé font entendre leur voix. L’insuffisance des mesures prises jusque là ouvre un vaste chantier pour 2023 : le personnel médical attend beaucoup d’Emmanuel Macron et François Braun, ministre de la Santé.
La “grève illimitée”, la solution pour se faire entendre ? Le syndicat FO-Santé l’a choisie pour dénoncer “l’extrême dégradation” du secteur hospitalier et “l’inaction” gouvernementale.
Un système de santé déjà défaillant mis à l’épreuve par la situation sanitaire
En France, l’accès au soin est insuffisant et inégal : en 2018, 5.7% des Français vivaient dans une zone "sous-dense", mais aujourd'hui les déserts médicaux sont encore légion. Le personnel manque, l'attractivité aussi : 20% des infirmières abandonnent leurs études selon le ministre de la Santé. Les conditions de travail et la faible rémunération du métier expliquent en partie cette cette crise de la vocation. La triple épidémie hivernale n’a rien arrangé, et le ministre de la Santé se retrouve malgré lui encore à gérer des urgences. La bronchiolite a éclairé la crise de la pédiatrie tandis que le Covid, dont le seuil des 160 000 morts a été franchi en France en décembre 2022, continue de mettre le secteur sous tension. La grippe particulièrement virulente de cet hiver et la récente menace de pénurie d’antibiotiques comme l’amoxicilline s'ajoutent aux difficultés.
Quelles sont les solutions envisagées pour l'année à venir ?
Pour favoriser un meilleur accès au soin, le budget de la Sécurité sociale mentionne la téléconsultation, la capacité de vacciner accordée à plus de professionnels de santé, et la hausse des recrutements de personnel dans les Ehpad. Certaines des tensions internes ont également pris fin : les laboratoires privés d’analyse ainsi que les kinésithérapeutes se sont récemment entendus avec la Sécurité sociale sur des questions de budget. Les maires d'Ile de France ont aussi fait part d'une trentaine de propositions pour remédier aux déserts médicaux, en encourageant notamment la télémédécine. Suite aux failles du plan “Ma santé 2022”, Emmanuel Macron prévoit pour 2023 une “réorganisation de l’hôpital”, une hausse de “temps pour les soins” et une meilleure rémunération des médecins de garde.
Le secteur libéral sera en grève le 14 février 2023 : les manifestations qui ne faiblissent pas mettent en évidence l’urgence de remettre sur pied le système de santé.
Paris Saint-Germain : L’absence de Kylian Mbappé est-elle préjudiciable ?
La star française, touchée musculairement mercredi contre le Montpellier Hérault Sporting Club hier soir ratera les prochains chocs face à Marseille en huitième de finale de Coupe de France et surtout le match aller des huitièmes de finale de Ligue des Champions face au Bayern Munich. Enchaînant les contreperformances depuis son retour de Coupe du Monde, les Parisiens n'ont pas à s'inquiéter, Christophe Galtier a déjà trouvé la formule.
Les supporters du PSG s'en inquiètent déjà, Christophe Galtier devra composer sans son attaquant star. Il est de bon ton de dire que Mbappé est le meilleur attaquant du monde et pourtant ses dernières performances nous laissent sur notre faim. Lors de la rencontre face à Reims (1-1) dimanche dernier, le manque d’implication du natif de Bondy a été pointé du doigt. Un joueur qui ne défend jamais et qui ne fait aucun effort pour le collectif ne devrait pas jouir d’une telle immunité au sein du club de la capitale et de la presse mondiale. Ne prenant pas acte de ses derniers déboires, l'entraîneur parisien décide de remettre l’attaquant français titulaire hier soir face au MHSC. Avec seulement 20 minutes jouées, Kylian ne s’est pas montré à son aise avec des pertes de balles incessantes, des appels dans le vide et surtout deux penalties manqués coup sur coup. Un contact avec le Montpelliérain Léo Leroy le forcera à quitter la pelouse (20e), pour une durée de trois semaines.
Une absence sans conséquence
Une sortie d’un joueur vedette est très souvent perçue comme un coup dur, mais les coéquipiers de Marquinhos retrouvent de l'allant avec un Lionel Messi ressuscité. Il vient dans le jeu chercher les ballons, il distribue, monte aux avants postes pour créer les décalages. Tous les ballons passent par lui ! Le champion du monde conclue une magnifique action collective à la 72e minute (0-2). Dans ce PSG retrouvé les milieux se projettent de plus en plus balle au pied et cherchent moins la profondeur à l’image de Fabian Ruiz auteur d’un but et d’une passe décisive dans ce match. Le jeune Ekitike qui jusque-là n'avait donné satisfaction, a été plus à l’aise dans le jeu. L’ancien rémois touche plus de ballons qu’à l’accoutumé et en perds moins. Avec un festival collectif et une belle victoire (3-1) les Parisiens n’ont pas à s’inquiéter de l’absence de leur meilleur buteur cette saison. Même le jeune Warren Zaïre-Emery, du haut de ses 16 ans, se joint à la fête en marquant son tout premier but en Ligue 1 dans les dernières secondes (90+1e). Les Marseillais sont prévenus. Rendez-vous le 8 février.
Réforme des retraites : nécessaire, oui ou non ?
68% des Français approuvent le mouvement social contre la réforme des retraites, dont l’inutilité est arguée par les opposants. Pourquoi ce flou autour du bien fondé financier de la réforme ?
Comme l’a souligné Rachida Dati au micro de France Inter, les Français sont égarés par des déclarations contradictoires et la communication « erratique » du gouvernement. Emmanuel Macron a par exemple affirmé que le budget libéré par la réforme permettrait d’investir dans d’autres domaines, comme la transition écologique. Donc la réforme permettrait de faire des économies et non de sauver le système ? Les déclarations de Pierre-Louis Brau, président du Conseil d’orientation des retraites (COR) entretiennent le doute.
Que dit le COR sur la réforme des retraites ?
Chaque partie lit le rapport du COR selon son positionnement politique. Les résultats de l’analyse peuvent en effet servir des discours contradictoires. Le rapport conclut en affirmant que « les résultats (…) ne valident pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite ». Il montre que le ratio dépenses des retraites sur le PIB sera stable ou en diminution dans les prochaines années. Lors de son audition devant les députés le 19 janvier, le président du COR a confirmé l’analyse des pourfendeurs de la réforme : « Les dépenses de retraite ne dérapent pas », a-t-il affirmé. Le gouvernement serait-il en train de tromper les Français ? Avec un déficit budgétaire de 171 milliards d’euros, il ne serait pas étonnant que le gouvernement cherche à grappiller un peu d’argent dans les tirelires des seniors. Néanmoins l’argument financier n’est pas à rejeter sans considération. Si la part des dépenses de retraites sur le PIB reste stable, le déficit lui ne va pas tarder à se creuser. Dans une dizaine d’années, il devrait atteindre 0,5 à 0,8 % du PIB, soit environ 20 milliards sur les 330 milliards consacrés chaque année aux retraites. Ce qui n’est plus financé par les cotisations, bientôt insuffisantes du fait de la baisse du nombre d’actifs par retraité, devra l'être par d’autres moyens. Il faut aussi préciser que la stabilité de la part du PIB consacrée aux retraites prévue par le COR se fait au prix d’une baisse du niveau de vie relatif des retraités.
Une réforme nécessaire mais pas urgente
L’argument financier est donc bien justifié. Le système par répartition est pensé pour que les cotisations des actifs suffisent à financer les retraites, sans que l’État ait besoin de combler les « trous ». En revanche, l’urgence défendue par le gouvernement reste un argument rhétorique. Le système a besoin d’être réformé mais ne court pas un risque imminent de faillite.
Quels que soient les arguments et les solutions avancés par les différents partis, les dysfonctionnements mis à jour nous obligent à repenser notre modèle social.
Vaincre ou mourir : qu’en pense le public ?
Le premier film du Puy du fou, qui apparaît dans le top 5 du Box-Office ce mardi 31 janvier, fait du bruit depuis sa sortie en salle, le 25 janvier. La presse, qui s’est emparée du sujet, n’a pas manqué d’exprimer son avis, mais voyons ce qu’en ont pensé les intéressés : les spectateurs.
De « sacré réussite » à « la mayonnaise ne prend pas », en passant par « agréablement surprise » ou « se laisse regarder », le site Allociné ressource plus de 2000 votes concernant le film. La moyenne de 3,9 obtenue grâce aux avis des spectateurs dépasse largement celle donnée par la presse qui s’élève à 1,4, sur la plateforme. On compte à ce jour, parmi les quelques 900 critiques laissées, près de 600 attribuant 5 étoiles au film contre 24, plus sévères, qui n’en donnent aucune.
Un scénario qui ne fait pas l’unanimité
Les critiques à propos des textes du film, co-écrits par Nicolas de Villiers, sont dans l’ensemble peu encline à la louange. Même si on trouve, en explorant le site, du « simple et efficace qui laisse transparaître émotion et héroïsme », d’autres se laissent plus difficilement satisfaire sur les textes qu’ils n’estiment « pas terrible du point de vue du scénario et du style narratif » parlant même de « récit beaucoup trop scolaire avec quand même quelques moments de bravoure ».
L’aspect historique : des critiques plus harmonieuses
Une historienne affirme très bien connaître la période de la Révolution française sur le site français de critique cinématographique. Elle remarque que le film a « le grand mérite de porter à la connaissance du public une page de notre histoire » avant d’ajouter que « tout ce qui est montré dans ce film est véridique et attesté par des documents indiscutables ».
Un internaute parle, dans son commentaire publié le 27 janvier, de « propagande larvée qui revisite l’histoire ». Mais quand on déroule les plus de quarante pages de critiques sur le site, la grande majorité s’accorde à dire que « le thème mérite d’être traité », qu’on a affaire à un véritable « acte de mémoire », à « une vraie rigueur dans les faits traités », « les guerres de Vendée furent de véritables bains de sang ».
Si la critique de la voix off revient souvent « on dirait un documentaire avec de belles reconstitutions », d’aucun pense qu’elle « permet de comprendre très clairement tous les enchainements d’une période de l’histoire méconnue ».
En admettant que les critiques à propos du scénario et du montage semblent mitigés, on peut toutefois affirmer que celles concernant l’aspect historique et les costumes sont plus harmonieuses et s’accordent à dire que le film « offre une reconstitution convaincante de l’époque », selon un commentaire laissé par un internaute qui évalue le film à 2,5 ; ou qu’il met en scène « des costumes et des décors magnifiques ». En effet, pour tous ceux qui s’arrête sur le script d’un film, un internaute rassure « la force du film c’est l’image ».
Le manque de moyens invoqués
Beaucoup déplorent que « le manque de moyens se fait sentir » et « se voit aux prises de vues […] aux ralentis qui tiennent lieu d’action », en ajoutant que « ce premier film du Puy du Fou annonce néanmoins des productions prometteuses ». Nonobstant, l’un des internautes rappelle que « ce film doit être considéré à la hauteur de ses 18 jours [de tournage] et 3 millions de budget »
Le film absent dans de nombreux cinémas
Sur Twitter, où les réactions sont légion également, beaucoup déplorent que le film ne soit pas diffusé dans leur ville. C'est le cas à Lille où aucun des quatre cinémas ne diffusent le film. Certains racontent avoir fait « 40 min de voiture pour aller voir ce film ». Et parfois plus, comme cette dame qui tweet que « un seul cinéma en Drôme-Ardèche propose Vaincre ou Mourir : Montélimar, 1 heure de route, on y va ». A Aix-en-Provence, même résultat quand on recherche le film sur le site des quatre cinémas « Oups ! Il semble qu’on n’arrive pas à trouver de résultat pour votre recherche ‘’Vaincre ou Mourir ‘’ », twitte l‘internaute qui ajoute devoir aller à Marseille pour visionner le film.
Finalement, le déferlement de certains médias à propos du film a donné à des curieux l’envie d’aller se faire leur propre idée, au cinéma : « La lecture de la prose [de Libération] m’a donné grande envie de le voir », peut-on lire sur le site de critiques cinématographies Allôciné. D’aucuns y voient « un objet publicitaire pour le parc d’attraction du Puy du Fou », mais en même temps quand Disney produit un nouveau film, on ne s’étonne pas de retrouver le côté féérique que l’on retrouve à Disneyland. D’autres ne comprennent pas le flot d’attaques à l’encontre de ce film qui « ne mérite franchement pas le déluge de critiques violentes et gratuites que l’on voit chez certains ». Cela dit, certains se font une raison : « peut-être que les journalistes n’aiment pas qu’on rappelle les évènements peu glorieux de la République », questionne un internaute.
Assurément, pour se faire un avis, rien n’est plus sûr que de se faire spectateur du film…
Pourquoi faut-il lire "Inconsolable", le nouveau livre d’Adèle Van Reeth ?
Connue pour avoir animé Les Chemins de la philosophie sur France Culture, la journaliste à la direction de France Inter écrit aussi, et ça vaut le détour. Inconsolable, paru le 5 janvier chez Gallimard, raconte l’expérience de la perte du père. Sans lyrisme, Adèle Van Reeth partage son parcours pendant une année, au cours de laquelle un homme meurt, mais un enfant naît. Ni pessimiste ni optimiste, ce livre admet que, malgré tout, la vie continue et qu’on peut s’accommoder de la tristesse.
“C’est par le prisme de l’ordinaire que les choses m’intéressent”. Comme dans son premier roman La vie ordinaire (2020), c’est encore de cette existence quotidienne qu’il s’agit dans les lignes d’Inconsolable. Par ses réflexions d’une profonde justesse, l’auteur donne du relief à ces jours qui passent, avec et malgré la tristesse. Le travail, la famille, le chat, les visites à l’hôpital : rien de sublime, simplement l’ordinaire. “La mort d’un père est une expérience que j’ai voulu prendre au sérieux”, explique Adèle aux lecteurs dans le sous-sol de Librairie Compagnie, en face de la Sorbonne. Assise devant quelques dizaines de personnes, dans cette cave au milieu des livres, l’écrivaine, qu’on devine grande et élancée, se remet dans la peau d’une petite fille qui vient de perdre son père.
Dans Inconsolable, Adèle retrace une année de sa vie : celle de la mort de son père à la suite d’une tumeur au cerveau, et celle de la naissance de son premier enfant. De l’hiver au suivant, l’auteur aborde chaque saison comme une étape à part entière dans ce parcours de « deuil ». Pourtant, elle confie ne pas aimer ce mot, qui donne l’impression qu’il existe une méthode pour passer à autre chose. Le cycle des saisons, elle le trouve ironique : la vie humaine est loin d’être cyclique. Elle s’en sert toutefois pour structurer ses chapitres. Après un hiver rude où son père meurt en février, vient le temps du printemps et de son insolence : la nature renaît, mais quand on a perdu son père, rien ne renaît. Après un été, irrémédiablement au passé pour Adèle, la “mélancolie réconfortante de l’automne” s’installe. Cette saison qui “ressemble à une mélodie de jazz” vient tout adoucir. La consolation, s’il y en a une, a quelque chose à voir avec l’automne. Parfois, il arrive de se sentir triste sans raison, observe l’auteur. Précisément, ce chagrin qui survient parfois de manière inexplicable trouve sa justification à la mort de quelqu’un. Il devient soudain possible de donner un sens aux larmes qui coulent. Pour Adèle, c’est une façon d’apprivoiser la tristesse, et de vivre avec. Peu à peu, elle s’éloigne de notre quotidien et laisse place à la vie, qui reprend (toujours) les rênes.
“Perdre son père, ça ne sert à rien, ça n’apporte rien”
Pour Adèle Van Reeth, une chose est claire : il n’y a pas de sens à chercher dans la mort d’un père. C’est face à la gratuité inacceptable de la mort, qui n’apporte rien et retire tout, face à cette pure perte, qu’elle désire justement faire quelque chose de cette tristesse insolente. Elle envisage cette expérience comme un moyen de connaissance du réel : sa douleur ne sera pas vaine si elle lui apprend à mieux saisir la valeur de la vie. Adèle partage les pensées qui lui viennent face à l’inconcevable : est-il même possible d’imaginer la mort ? Notre cerveau en est-il capable ? La mort d’un père a ceci de particulier qu’elle entraîne la disparition radicale d’un type de regard : celui d’un père posé sur sa fille. « Plus personne ne me regardera jamais de cette façon » réalise -t-elle. La mort d’un père vide aussi de son sens le mot “papa”, qui ne pourra plus jamais être prononcé. C’est aussi une place qui se libère : quand on n’a plus de père, que faire de cet espace vide, à jamais inoccupé ? Et comment faire, comment se tenir quand on est une fille orpheline de père en même temps qu’une maman ? “Je deviens une mauvaise mère” s’inquiète-t-elle dans son livre. L’auteur fait part de ses réflexions, à la fois personnelles et en même temps remarquablement percutantes pour ceux qui partagent son expérience. Dans la librairie, quand vient le temps de la discussion, certaines personnes la remercient pour la justesse de ses mots et son émouvante simplicité.
“Regarder la mort en face, n’est-ce pas constater notre condition d’êtres résolument inconsolables ?”
L’auteur savait qu’elle perdrait son père, allité depuis deux ans, mais ça n’est pas pour ça qu’elle pouvait s’y préparer. “Toute préparation à la mort est illusoire”. Une fois la personne retirée à jamais du monde, celui-ci pourtant ne change pas autour de nous. La vie continue sans l’être cher, comme si de rien n’était. Comment ne pas avoir peur de l’oubli ? “Comme si le monde digérait la mort”. Le monde reste le même, et pourtant il est radicalement différent. Contre les injonctions à la consolation, Adèle écrit qu”’il existe un temps, trop tôt, où on ne souhaite pas être consolé, car être consolé, ça serait comme oublier”. En effet, il y a une période où la tristesse est le seul lien que l’on entretient avec la personne décédée, et où nos larmes sont la preuve matérielle de son existence passée . On ne cherche pas tout de suite à se détacher de la tristesse. Les souvenirs ne sont pas immédiatement réconfortants : justement, dit-elle, si tout ce qu’il reste du défunt ne sont que des souvenirs, ils ne font que rappeler la violence de son absence. L’auteur souhaite en finir avec les discours trop souvent donnés, même sans mauvaise intention, qui laissent à penser qu’il existe une solution, presque une recette à suivre, pour s’en remettre complètement.
“La mort apparaît comme une extinction radicale quand on ne croit à aucune transcendance”
Il existe des consolations, du réconfort (et heureusement ! sourie-t-elle) mais la consolation absolue est illusoire. Pourtant, c’est ce caractère inconsolable de la vie qui lui donne un goût particulier, estime-t-elle, car il agit comme un moteur qui nous anime. Un livre sans lyrisme, qui transmet avec simplicité et profondeur une expérience vécue personnellement, mais qui entre en résonance avec l’universelle crainte de la mort.
“Et, dans mille ans, les hommes gémiront de la même façon : “Ah, que la vie est dure” et, en même temps, exactement comme aujourd’hui, ils auront peur de la mort et ils ne voudront pas mourir.” Anton Tchekov, Les Trois Soeurs, prologue de Inconsolable.
Quand un professeur appelle à la haine en amphi
Vendredi 26 janvier, un professeur d'histoire contemporaine de Paris I se permit des paroles singulièrement violentes contre la droite.
Il faisait cours en amphi devant près de 200 étudiants quand il lâcha : « Si vous me disiez que vous votiez Macron, Ciotti ou Le Pen je ne vous respecterais pas beaucoup. Mais si vous me disiez que vous votiez Zemmour je vous considérerais comme des bêtes à abattre. »
Rien de moins ! Cette phrase suscita des réactions. Mathis Gachon (UNI) écrivit à la présidente de l’université pour réclamer une sanction. Sans succès à ce jour. Le professeur militant à LFI, on prend soin de conserver son anonymat. Des mouvements de droite répliquèrent sur les réseaux sociaux en qualifiant ces propos d'incitation à la haine et même d'appel au meurtre.
Philippe de Villiers, sur Twitter, demanda au ministre de l’Enseignement supérieur « le licenciement immédiat de ce professeur » en espérant « que la Justice va s’occuper de lui car il s’agit d’un appel au meurtre. »
Eric Zemmour renchérit : « Un professeur qui rêverait d’exterminer les étudiants de Reconquête « comme des bêtes » doit-il garder son poste ? »
Et d'ajouter : « Si ces propos sont confirmés, il aura rendez-vous devant le juge. Je ne laisserai personne menacer mes soutiens de mort. »
À une semaine du Mondial, van Aert et van der Poel se toisent
Les deux hommes se rendent coup pour coup depuis le début de la saison de cyclo-cross. Ce week-end, ils se sont affrontés à distance dans deux épreuves différentes qu’ils ont tous deux remportées.
Un duo inséparable : Mathieu van der Poel est belge, Wout van Aert est néerlandais, mais ils partagent un destin commun, celui du vélo. Ils écrasent la concurrence sur les chemins en hiver, et glanent les victoires de prestige sur route les beaux jours venus. Une polyvalence inouïe, qui ne laisse aucune place à la concurrence en cyclo-cross, malgré des talents comme Pidcock, Iserbyt ou encore Vanthourenhout. Car dès qu’ils courent ensemble, Van Aert et Van der Poel réquisitionnent systématiquement les deux premières places et se départagent souvent dans un sprint à deux. Ainsi sur les huit dernières manches de Coupe du monde, sept ont été gagnées par l’un d’eux, l’unique exception étant justifiée par leur absence ce jour-là ! Ce week-end, Van Aert a triomphé à Hamme, laissant van der Poel gagner la dernière manche de Coupe du monde le lendemain à Besançon. Un combo qui faisait office de répétition générale avant le week-end prochain.
A Hoogerheide, il n’en restera qu’un
Ce nom ne vous dit sûrement rien, mais c’est pourtant là que les deux titans se départageront pour clore cette saison de cyclo : les championnats du monde de la discipline se tiendront dimanche 5 février dans ce village des Pays-Bas. Thomas Pidcock s’était imposé l’année dernière pour les Mondiaux, en l’absence du duopole belgo-néerlandais, et il ne défendra pas son maillot arc-en-ciel cette année. Ce maillot, les Deux Grands le connaissent bien pour se l’être partagé entre 2015 et 2021 : trois fois pour Van Aert, quatre pour van der Poel. Une compétition de longue date qui promet un duel haletant dimanche, avec peut-être un léger avantage pour « MVDP », qui courra à domicile.
Le joueur de tennis et son clan : entre passion du jeu et drama
Seuls sur le terrain, les professionnels du tennis ont derrière eux des équipes bien rodées, qui sont de tous les voyages. Mais les frustrations sur le court peuvent mettre en lumière des relations ambivalentes entre le joueur et son clan.
Ils sont conjoints, parents, frères ou sœurs du joueur. Ils sont aussi entraîneurs, préparateurs physiques, physiothérapeutes, attachés de presse… Tous ont une place de choix dans le box du joueur qu’ils encouragent et préparent pour être au meilleur de sa forme à chacun de ses tournois disputés. S’ils sont les premiers à se lever pour acclamer leur champion, ils sont aussi en première ligne lorsque celui-ci dérape ou perd le contrôle du match.
Les liens avec le clan forgent une destinée
« Cette victoire est autant la vôtre que la mienne », disait avec émotion Novak Djokovic aux membres de son clan, lors de son dixième sacre à Melbourne. Il venait d'adresser au clan d’en face toutes ses félicitations pour le parcours de leur poulain, en l’occurrence Stefanos Tsitsipas. Une simple formalité, mais qui en dit beaucoup sur l’implication de l’entourage des joueurs dans leur carrière tennistique. Des liens durables se tissent dans ces équipes très soudées, à mesure que le joueur prend du galon sur le circuit ATP.
Si certaines histoires ou coaching sont éphémères, d’autres donnent l’impression d’une longévité infinie. Roger Federer, Rafael Nadal ou encore Novak Djokovic ont su s’entourer de proches indéboulonnables, qui ont été de toutes les rencontres. Pour Roger, sa femme Mirka, pour Nadal, son oncle et entraîneur Toni, vingt ans à ses côtés, et pour Novak, sa sœur et ses parents. Le clan est la source d’énergie du joueur, la raison de ses victoires aussi, parfois. Suivre son champion sur l’ensemble d’une saison dans ses moindres déplacements est révélateur de sacrifices immenses. Alors, comme un hommage, les joueurs savent leur être reconnaissant, lorsque vient le moment de brandir le trophée tant convoité.
Mais une équipe a ses lignes de tension. Depuis quelques années, rares sont les matchs qui se déroulent sans drama, entre un joueur et l’arbitre de chaise, ou avec le clan d’en face. Il arrive même que le propre clan du joueur fasse office de défouloir, dans un moment d’égarement. Retour sur quelques épisodes emblématiques.
Des hauts et des bas
Demi-finale du Master 2014. La partie oppose Stan Wawrinka et son compatriote Suisse, Roger Federer. En grande forme cette saison, Wawrinka accroche Federer dans un match tendu. Vers la fin de la rencontre, Stan reproche à Mirka Federer de parler systématiquement juste avant le service de son mari, pour déconcentrer le receveur. A Mirka de lui rétorquer un « Cry baby » qui met le tenant du titre de Melbourne hors de lui. S’adressant à Roger au filet, celui-ci lui demande, excédé : « Peux-tu dire à ta femme de la fermer ? » Mythique.
Sept ans après, le même Stan Wawrinka remet le couvert. Défait par le jeune tempétueux Holger Rune au premier tour de Paris Bercy, le Suisse n’est pas tendre lors de leur poignée de mains. « Mon conseil est que tu arrêtes d’agir comme un bébé sur le court », lui aurait-il dit. Et pour cause : le jeune Danois se lâche constamment sur son clan, en particulier sur sa mère. A chacune de ses rencontres, ce sont des cris vers les siens. En quarts-de-finale de Roland-Garros, Rune avait même intimé à sa mère de quitter son box. Signe visible d’une maturité en cours d’éclosion.
Autre personnalité de ces arènes du tennis : Apostolos Tsitsipas, en même temps père et coach du finaliste de l’Open d’Australie 2023. Il s’est fait le champion du coaching à outrance, depuis son box, et beaucoup d’adversaires de Stefanos lui ont déjà vertement reproché. Il parle trop, et ça dérange les joueurs. Régulièrement associé au comportement inapproprié de son père, Stefanos écope parfois d’avertissements de la part des arbitres de chaise : « J’ai déjà eu cette discussion avec mon père, indiquait-il à l’Open d’Australie 2022. C’est une personne qui, quand il y a beaucoup d’action, parle beaucoup, c’est une sorte de thérapie. » Faut-il autoriser le coaching ? En haut lieu, on en discute…
Du haut de ses 35 ans, Novak Djokovic a gardé ses sauts d’humeur. Et Goran Ivanisevic, son coach depuis 2019, en a fait les frais durant cette édition du tournoi de Melbourne. Lorsque Novak gagne un point décisif, le premier regard, fixe et déterminé, est pour son clan. Mais lorsque le match ne se passe pas comme prévu, l’ensemble du box tremble. C’était déjà le cas à Adelaïde, en préparation de l’Open d’Australie. Son frère avait pris la foudre, sans broncher. « Merci de me supporter, merci de me tolérer dans les bons comme dans les mauvais moments, comme aujourd’hui », avait déclaré le Serbe, nouvellement titré. Comme un air de « je t’aime, moi non plus ». L’humeur passe, tandis que la victoire et le titre restent figés dans l’histoire. Et ça excuse (presque) tous les dérapages.
Une IA sous OQTF à Sciences Po
ChatGPT, une IA de discussion a été interdite d’utilisation à Sciences Po sous peine d’exclusion, pourquoi donc une telle décision ?
Tout d'abord il faut comprendre ce qu'est ChatGPT. Comme son nom l'indique, c'est un système de Chat, de discussion. Sa particularité étant que c'est une IA, une Intelligence Artificielle de discussion, un modèle de traitement de texte automatique entraîné pour comprendre et répondre à un large éventail de questions sur différents sujets. Son objectif est de fournir des réponses claires et complètes pour aider les utilisateurs à résoudre leurs problèmes ou à en apprendre davantage sur un sujet qui les intéresse.
Mais pourquoi donc est-elle problématique ?
Tout d'abord car elle est réellement efficace, elle sait comprendre une question et construire une réponse adaptée. Ainsi, de la même manière qu’utiliser internet en devoirs ou concours est considérée comme de la tricherie, l'utilisation de ChatGPT pour rédiger des devoirs peut-être considérée comme une fraude car elle facilite l'accès à des informations et réduit la nécessité de la réflexion critique et de la recherche indépendante. Ces compétences sont considérées comme fondamentales pour les étudiants à Sciences Po et dans les universités en général, et leur développement est essentiel pour la formation universitaire. L’utilisation abusive de cet outil, capable de prémâcher, voire même d’effectuer un devoir complet, nuirait à l'apprentissage des étudiants, car elle les empêcherait de développer leur capacité à rédiger et à communiquer efficacement, allant ainsi à l'encontre des valeurs éthiques et pédagogiques de l'établissement, et du milieu universitaire en général.
Ainsi l’utilisation de ChatGPT a été bannie à Sciences Po
La directrice de l’établissement, Myriam Dubois-Monkachi a déclaré que les conséquences pour ceux qui contreviendraient à cette interdiction, incluraient des mesures disciplinaires telles que des avertissements, des retraits de points voire une exclusion définitive. Pour madame la directrice, il est important que les étudiants respectent cette interdiction tandis qu’une réflexion doit être menée pour chercher des moyens éthiques d'utiliser les technologies de traitement automatique du langage dans leur travail académique, sans en percuter les fondamentaux, et en éviter les effets pervers.
Concrètement comment fait-on pour repérer si ChatGPT a été utilisé dans un devoir ?
Et bien il existe plusieurs moyens de détecter si cet outil a été utilisé pour rédiger un travail universitaire. Tout d’abord, et cela les universités le font depuis longtemps, on peut utiliser des logiciels de détection de plagiat pour comparer le devoir avec des bases de données de textes existants afin d’y détecter des similitudes. Au delà de 30%, on considère le devoir comme plagié. On peut également conduire une analyse de style, car des devoirs rédigés à l'aide de ChatGPT peuvent présenter des caractéristiques distinctes, comme des phrases longues et complexes, une utilisation excessive de mots techniques ou des incohérences dans le ton, qui détonneraient avec celles d’un étudiant.
ChatGPT est-il si efficace que cela ?
La réponse est plutôt claire, ChatGPT est effectivement capable de produire un devoir, comme une dissertation, il fournit idées, exemples et informations pertinentes si l’on sait lui poser les bonnes questions. Il n’est pas infaillible, et peine particulièrement dans des domaines comme la philosophie mais pour un bon nombre de professeurs sa puissance est assez phénoménale. Au point que des copies produites par ChatGPT ont récolté des notes allant jusqu’à 18/20
Vous n’y croyez pas ? Sachez que cet article est rédigé à près de 70% par ChatGPT.
60 ans du traité de l’Elysée : le couple franco-allemand en crise
Emmanuel Macron et Olaf Scholz se sont retrouvés à Paris dimanche 22 janvier 2023 pour célébrer les soixante ans du traité de l'Elysée. Si Charles de Gaulle et Konrad Adenauer signent en 1963 un traité encourageant la France et l'Allemagne à agir de pair, les chefs d'Etat actuels ne semblent plus aussi soudés qu'à l'époque. Le temps de l'intégration et de la construction européenne révolu, que partagent encore la France et l’Allemagne ? Le contexte de la guerre en Ukraine révèle à la fois l'écart qui s'est creusé entre les deux voisins et l'urgence de rétablir une relation solide.
Les dirigeants allemand et français ont commémoré la signature d’un texte hautement symbolique dimanche 22 janvier. Ils ont rappelé dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche que le traité qu'ils commémorent «a marqué la fin de décennies, si ce n'est de siècles, de rivalités féroces et de guerres sanglantes». En soixante ans, les relations franco-allemandes ont pourtant bien changé. À l’époque du traité, qui était celle de la CEE et qui fut suivie par l’ère de l’affirmation de l’identité européenne avec Georges Pompidou et Willy Brandt, parler de couple franco-allemand avait un sens. Il s’agissait de mener jusqu’au bout un projet construit ensemble : l’Union européenne. Au temps des années d'amitié entre Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, puis de l’ère Maastricht sous François Mitterrand et Helmut Kohl, le couple franco-allemand avait des ambitions communes. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Avec la récente nomination d’Olaf Scholz à la chancellerie, le couple franco-allemand peine à se réinventer, alors même que les circonstances leur demandent une action commune forte. La guerre, de retour sur le continent depuis onze mois, exige en effet des deux voisins des décisions d’envergure.
Le couple franco-allemand traverse une mauvaise passe à un moment crucial pour l'avenir de l'Europe
Les deux chefs d'Etat Emmanuel Macron et Olaf Scholz ont assuré faire de « la souveraineté européenne » une priorité. Affirmant vouloir se doter « d'une stratégie de renforcement de la compétitivité industrielle européenne », Emmanuel Macron et Olaf Scholz ne sont pourtant pas encore tout à fait sur la même longueur d’onde. Les divergences sont nombreuses : pour la défense antimissile, Berlin réfléchit à un projet de bouclier avec Israël, que quatorze autres pays européens pourraient rejoindre. Côté français, on envisage plutôt de développer un système avec l’Italie, au nom de « l'autonomie stratégique de l'Europe ». Plus généralement, les deux pays ont eu des réactions tout à fait différentes au début de l'invasion russe en Ukraine, même si l’Allemagne semble progressivement rattraper son retard. La question se pose à Berlin de faire livrer des chars Léopard II à l’Ukraine. Or ce feu vert, s'il est donné, montre encore plus la nécessité de prendre soin du couple franco-allemand. En effet, ce geste placerait Berlin dans une situation risquée face à la Russie car ce prêt d'armes pourrait être assimilé à une participation directe au conflit. Les relations franco-allemandes doivent donc rapidement se réinventer afin de prendre en main l'avenir de l’Europe. La réunion des deux chefs d’Etat ce dimanche, dans un contexte de guerre en Ukraine, a donc mis en évidence la nécessité de solides fondations pour (re)bâtir le couple en crise.
La guerre en Ukraine révèle l'urgence de reconstruire une relation solide entre la France et l'Allemagne
Le traité de l'Elysée signé par les deux voisins européens en 1963 soulignait pourtant l'importance d'agir de concert. En effet, dans la section relative aux Affaires étrangères, il est mentionné que "les deux Gouvernements se consulteront, avant toute décision, sur toutes les questions importantes de politique étrangère, et en premier lieu sur les questions d’intérêt commun, en vue de parvenir, autant que possible, à une position analogue." Le couple franco-allemand s'enracine donc dans un même terreau fait de valeurs et de principes communs. En matière de défense, il est écrit que "les autorités compétentes des deux pays s’attacheront à rapprocher leurs doctrines en vue d’aboutir à des conceptions communes." Aujourd'hui, ces promesses semblent difficiles à mettre en œuvre tant les circonstances, mais aussi les hommes qui composent le couple franco-allemand, ont changé.
Haut-Karabagh : “le combat des Arméniens de l'Artsakh nous oblige tous”
REPORTAGE - Les Arméniens de France manifestaient mardi 24 janvier à Paris, devant l’Assemblée nationale, pour dénoncer le blocage du couloir de Latchin qui relie la République d’Arménie à la République autoproclamée d’Artsakh.
Ils sont quelques centaines à s’être regroupés malgré le froid sur la petite place Herriot, à côté de l’Assemblée nationale, ce mardi 24 janvier. Quelques drapeaux aux couleurs de l’Arménie et du Haut-Karabagh flottent ou reposent sur les épaules des manifestants. Tous dénoncent le blocus organisé par l’Azerbaïdjan du corridor de Latchin, cette bande de terre qui relie l’enclave du Haut-Karabagh à l’Arménie. Organisée par le CCAF (Conseil national des Conseils de coordination des organisations Arméniennes de France), la manifestation mobilise des arméniens, mais aussi des français solidaires, dont des élus.
Actuellement, 120.000 habitants sont toujours coupés du reste du monde, parmi lesquels 30.000 enfants empêchés d’aller à l’école et 20.000 personnes âgées. Privés de gaz et d’électricité, soumis à un rationnement drastique, les Arméniens de l’Artsakh survivent. Seuls passent les camions de la Croix Rouge. Marie est petite fille d’un rescapé du génocide arménien. “Je trouve cela incroyable qu’à quelques heures d’avion de Paris, on laisse une population se faire affamer, assoiffer, assassiner. Ce sont 120.000 personnes qui ne demandent rien d’autre que le droit de vivre sur leurs terres”, explique-t-elle à l’Info déchaînée. “Je me battrai de toutes mes forces contre un second génocide, car c’est ce vers quoi nous nous dirigeons. D’ailleurs, Erdogan et Aliev ne s’en cachent pas”, poursuit-t-elle.
Michael est né en Arménie, à l’époque sous le joug soviétique. Il est arrivé en France il y a 60 ans. “Mes parents sont des rescapés du génocide, tout ce qui touche à l’Arménie me concerne au premier degré”, explique-t-il à l’Info Déchaînée.
L’Arménie toute entière menacée d’effacement
Sur le promontoire dressé pour l'occasion, plusieurs élus de tous bords politiques sont présents pour accompagner les présidents du CCAF, Mourad Papazian et Ara Toranian. “Nous serons ici mardi prochain et tous les mardis suivants s’il le faut, notre mobilisation ne cessera pas tant que le blocus n’est pas levé”, martèle Sarah Tanzilli, députée LREM de la 13ème circonscription du Rhône. Patrick Kanner, sénateur PS du Nord, s’insurge quant à lui de l’indifférence générale avec laquelle les Arméniens du Haut Karabagh sont traités. “Le sort des Arméniens vaut-il moins que le sort des Ukrainiens ?”, demande-t-il à la foule, sous les applaudissements.
Si le blocus du Haut-Karabagh est la priorité, le sort de l’Arménie toute entière est concerné, comme en témoignent les différentes prises de parole des orateurs. Les attaques directes de l’Azerbaïdjan sur le territoire de la République d’Arménie, en septembre 2022, ont rappelé, si cela était nécessaire, que les intentions belliqueuses de Bakou ne se limitent pas au seul Haut-Karabagh.
Une timide réponse de la communauté internationale
Face à la menace que représente Bakou, “la communauté internationale semble se réveiller”, selon Mourad Papazian. Récemment, Antony Blinken a appelé le président azéri Aliev pour lui demander de cesser le blocus. L’Union Européenne a décidé, de son côté, de l’envoi d’une mission d’observation sur place. Quant à la France, Emmanuel Macron recevait la veille de la manifestation les deux présidents du CCAF, Mourad Papazian et Ara Toranian, en compagnie de Sylvain Tesson et Jean-Christophe Buisson. La France, selon les députés présents sur scène, joue tant bien que mal son rôle diplomatique pour extirper l’Arménie de l’étau turco-azéri, au sein d’une UE majoritairement dépendante du gaz provenant de Bakou. Pour Michael, les relations franco-arméniennes demeurent primordiales : “elles remontent aux croisades, et même avant”, sourit-il.
Mais pour beaucoup, la porte de sortie à ce conflit est la reconnaissance officielle de la République auto-proclamée d’Artsakh par la communauté internationale. Une revendication réitérée mardi, mais qui, pour le moment, ne trouve pas d’écho. Ni en France, ni ailleurs.












