LR et PS se mobilisent pour nationaliser Atos

Les groupes Les Républicains et Parti socialiste à l’Assemblée nationale ont déposé des amendements pour que le géant français du numérique Atos soit nationalisé. L'entreprise - qui vient de sortir du CAC 40 - occupe des secteurs trop stratégiques.

Compteurs Linky, logiciels de gestion de centrales nucléaires… Atos est un acteur clé du numérique en France. Les députés LR et PS, malgré les différences qui les opposent, se sont saisis de cette question à l’occasion du projet de loi de finances, actuellement en discussion au Parlement. Olivier Marleix comme Boris Vallaud, respectivement chefs de file des députés LR et PS, parlent d’une entreprise « stratégique » et d’un enjeu de « souveraineté. » Atos est omniprésent dans le service public français ainsi que dans le secteur militaire, entre autres. Avec 110 000 employés répartis dans 73 pays, c’est aussi le numéro 1 du cloud, de la cybersécurité et du super-calcul en Europe. Parmi ses clients, on retrouve les Jeux olympiques et la SNCF par exemple.

Déroute financière et rachat par l’étranger

Atos fait face à deux menaces. La première est celle de la déroute financière. Dirigé pendant dix ans jusqu’en 2019 par Thierry Breton, le groupe est entré en décroissance après le départ de ce dernier, devenu commissaire européen. En avril 2021, la valeur boursière d’Atos, soumise à une volatilité extrême, chute et peine à retrouver des couleurs. En pleine restructuration, trois nouveaux dirigeants se sont succédé en deux ans sans parvenir à redresser la barre. Bertrand Meunier, démis par les actionnaires, puis Nourdine Bihman, qui a bifurqué vers une filiale. C’est maintenant Jean-Pierre Mustier qui a la lourde tâche de diriger Atos. En interne, les investisseurs craignent la cession d’actifs du groupe à Daniel Kretinsky, le milliardaire tchèque qui lorgne sur la firme. D’où la seconde menace qui pèse sur l’entreprise basée à Bezons (Val-d’Oise) : le rachat par l’étranger. Pour Olivier Marleix qui s’est exprimé chez nos confrères du Parisien, Atos « doit rester dans le giron français. »
Au Parti socialiste, on plaide pour une nationalisation partielle, concernant uniquement les activités les plus stratégiques. Le député Philippe Brun énumère : téléphonie des armées, logiciels de surveillance urbains… Aux Républicains, on préfère une nationalisation totale mais temporaire, pour assurer la « continuité » d’Atos. Une dégradation du service aurait des conséquences énormes sur tout le numérique français. Pour l’heure, le gouvernement, qui a déjà eu recours à la nationalisation de STX, ne s’est pas exprimé sur le sujet.


Van Gogh à Auvers-sur-Oise s'expose au musée d'Orsay

L'exposition Van Gogh au musée d’Orsay revient sur les deux derniers mois de la vie du peintre, à Auvers-sur-Oise, où il a signé des chefs-d'œuvre sur un rythme effréné avant de se suicider. 

C’est à Auvers-sur-Oise que Vincent Van Gogh a trouvé refuge au cœur d’une période de grands tourments intérieurs. Là-bas, il est soigné par le docteur Gachet, spécialiste de la mélancolie, qui deviendra un de ses très bons amis. Ce temps difficile sur le plan psychologique est aussi celle d’un très grand travail, l’artiste peignant près d’une toile par jour durant cette période. Ainsi, c’est en pleine déroute mentale que le peintre a livré certaines de ses plus belles toiles.

Un vert varié et dominant

L’exposition représente des tableaux d’Auvers-sur-Oise. Van Gogh dit y « trouver presque plus jolies les villas modernes et les maisons de campagne bourgeoise que les vieux chaumes qui tombent en ruine ». La teinte dominante est le vert, et la couleur s’impose comme une des caractéristiques les plus saillantes de ses œuvres. Elle est particulièrement travaillée, et ce qui apparaît à première vue comme une couleur uniforme se révèle en réalité une somme de coups de pinceaux variés.

Des portraits réalistes

Van Gogh a également peint des portraits, notamment celui de la jeune fille de l’aubergiste qui l’accueillait. Ces tableaux, se détachant sur des fonds colorés, sont réalistes. Les murs de l’exposition signalent son amour du portrait, « la seule chose en amour qui l’émeut le plus profondément et lui fait ressentir l’infini plus que toute autre chose ». On s'étonne dès lors du petit nombre de portraits dans l’œuvre de Van Gogh, plus prompt à représenter des paysages.

Les tourments intérieurs de l’artiste

Deux tableaux se distinguent : l’église d’Auvers-sur-Oise, dont le ciel bleu noir et les vitraux violets sont saisissants. Un ciel sombre composé de traits courbes illustre le désarroi de l’artiste qui peine à retrouver l’usage de sa raison. Le dernier tableau laisse également voir un ciel noir qui tranche avec le vert des précédents. Le champ de blé au premier plan, d’un jaune vif, dessine un contraste fort.

Van Gogh à Auvers-sur-Oise, les derniers mois : du  03 octobre 2023 au 04 février 2024


Avec Saint Exupéry, bâtissons notre Citadelle intérieure

Saint Exupéry donne la parole, dans cet ouvrage posthume, à un seigneur berbère, sans doute un lointain cousin du Petit Prince.  porte les méditations personnelles et spirituelles de l’auteur.  

Depuis 1936, l’aviateur vit avec ce jeune souverain du désert qui a reçu de son père de sages conseils. Saint Exupéry fait partager des réflexions sur les hommes, la cité, et l’art difficile de les faire l'un et l'autre grandir. Le désert y est bien plus qu’une toile de fond ; il colore le récit de son parfum de liberté. Liberté d’ériger une noble citadelle. Liberté pour l’auteur, à la fois poète et philosophe, de laisser sa plume passer des métaphores aux pensées profondes d’un chef. Le ton humble dessine tout un art de gouverner, de guider les hommes, non pas vers le bonheur mais vers la grandeur. La Citadelle nous construit. Le lecteur devient bâtisseur lui aussi de sa citadelle intérieure.

Une beauté diffuse

« N’est rien une victoire qui dure. Non plus vivifiante. Mais amollissante et ennuyeuse. Car il n’est point alors victoire mais simple paysage accompli », écrit Saint Exupéry sous les traits du jeune prince.  Au ton bref et mystérieux, ces mots imagés témoignent d’une esthétique épurée comme le sont les immensités de dunes. Il livre dans cet extrait les délibérations d’un stratège sur la victoire et ses conséquences, mais aussi les rêveries d’un homme prenant conscience de ce que la vie lui a enseigné. Certains passages, succédant parfois à des explications sur la justice ou le courage dans la cité, ne se donnent pas aisément à comprendre mais évoquent avec symbolisme un souvenir, une impression. Cette beauté diffuse, sans pourquoi, fait l’ardeur d’un peuple et lui donne son âme. Car l’éthique et l’esthétique sont intimement liées.

« Ta cité mourra avant d’être achevée. Car ils vivaient non de ce qu’ils recevaient mais de ce qu’ils donnaient. » Comme les citadelles des hommes, le recueil de Saint Exupéry demeure inachevé, publié après sa mort par ses proches qui assemblèrent eux-mêmes ses notes. Mais chaque chapitre de ce qui se voulait d’abord être un poème contient à lui seul une grande puissance de réflexion sur des sujets variés que l’auteur traverse au passage dans d’autres de ses ouvrages.


Un collectionneur français achète sans le savoir un chef-d’œuvre de Raphaël

Des experts français et italiens viennent d’attribuer un portrait de sainte Marie-Madeleine au célèbre peintre de la Renaissance. 

Des collectionneurs français avaient acheté ce tableau sur Internet cette année, sans en connaître l'histoire ni l'auteur. Des experts l’ont authentifié en septembre. Il s'agit d'un chef-d’œuvre du maître italien de la peinture, Raphaël. L’œuvre a probablement été peinte vers 1505, date qui correspond à sa rencontre avec Léonard de Vinci. “Quand je l’ai vue en photo via internet la première fois, cette sainte Marie-Madeleine m’a tout de suite interpellé”, raconte à l'AFP l’un des collectionneurs l'ayant acheté dans une galerie londonienne pour 35 000 euros. “Quand elle est arrivée, c’était encore plus touchant, même si elle était vraiment sale”, se souvient-il. Pensant qu'il s'agit d'un tableau de l'école de Léonard de Vinci, il sollicite l'expertise d'Annalisa Di Maria, membre du groupement d'experts de l'Unesco à Florence (Italie). Elle utilisa la lumière infrarouge pour visualiser les couches de carbone cachées par les pigments de peinture.  

Une œuvre d'une "incroyable finesse d'exécution" 

Ce portrait de Raphaël sur un panneau de peuplier au format 46x33 cm est "d'une grande maîtrise et d'une incroyable finesse d'exécution qui, ajoutée aux éléments scientifiques, attestent que le portrait provient bien de ce génie", souligne Mme Di Maria. 

Des recherches dans les archives de la ville de Florence ont également permis de retracer la provenance du tableau qui "était considéré comme perdu", selon la spécialiste. Avant son rachat, "le tableau appartenait à une collection privée du nord de l'Angleterre, et s'est retrouvé dans une petite vente aux enchères, où la galerie londonienne l'a acquis", explique une autre experte, Nathalie Popis, spécialiste des mathématiques appliquées dans l'art de la Renaissance. 

Aucun des experts interrogés par l'AFP n'a souhaité estimer la valeur de la Marie-Madeleine retrouvée. Avant la publication de l'étude et sans apport d'éléments de contre-expertise, son attribution à Raphaël a été contestée par certaines sources en Italie, dont le président de l'Académie Raffaello d'Urbino, qui estimait qu'il s'agissait “sûrement d'un prototype du Pérugin”, selon le Journal des Arts. 

Cette histoire rappelle la découverte du "Salvator Mundi" attribué à Léonard de Vinci, revendu 450 millions de dollars en 2017 à New York. Un marchand d'art new-yorkais l'avait acheté aux enchères en Nouvelle Orléans pour moins de 2000 dollars.  


Formule 1 : première place pour Charles Leclerc aux qualifications du Grand Prix des Etats-Unis

Le pilote monégasque de la Scuderia Ferrari a réalisé le meilleur temps des qualifications du circuit d’Austin. Il s’impose devant le champion du monde Max Verstappen qui partira en sixième place. Charles Leclerc décrochera-t-il son sixième Grand Prix ? 

Sous la chaleur texane (35°C dans l’air, plus de 40°C sur la piste), Leclerc a décroché sa 21e pole position de sa carrière, et la troisième de la saison après l’Azerbaïdjan en avril et la Belgique en juillet. C'est la cinquième pole de la Scuderia cette année, y compris celles de Carlos Sainz obtenue en Italie et à Singapour en septembre. L'Espagnol a signé vendredi le 4e temps. Pour son centième GP avec la Scuderia, le Monégasque se place devant Lando Norris et de Lewis Hamilton ainsi que Max Verstappen qui a vu son temps être retiré pour être sorti trop large dans l’avant dernier virage. "J'adore cette piste, j'adore l'atmosphère autour de cette piste, dans cette ville, dans ce pays. C'est extra d'être ici. Ça va être une course intéressante, on va tout faire pour garder cette première place", a commenté Charles Leclerc.  

Leclerc en démonstration 

Il fallait en effet garder son sang-froid pour réussir le tour parfait sur le tracé fait d'enchaînements à haute vitesse, imaginé par Herman Tilke. Le pilote de la Scuderia a rappelé à tous qu'il demeurait une valeur sûre en bouclant l'affaire en 1'34"723. Samedi a lieu le sprint où se fera le choix de pneumatique pour le reste du week-end. Un défi que tient à rappeler Frédéric Vasseur, patron certes heureux de la Scuderia mais aussi méfiant en l’absence de véritables références sur les longs relais.  Le Grand Prix des Etats-Unis, 18e des 22 manches cette saison, est programmé dimanche à 21h00. Charles Leclerc nourrit quelques espoirs mais la concurrence est forte. 

 


Le patinage français brille au Texas

À l’occasion de l’Humana Skate America 2023, les représentants tricolores se sont joliment illustrés ce samedi 21 octobre 2023. Les détails de ces beaux moments de glisse.

Hier, la soirée de patinage s’est transformée en moisson pour les Français à Allen (Texas) avec 100% de podiums pour ce premier Grand Prix de la saison. Kevin Aymoz a décroché l’argent chez les Hommes quand en Danse, Evgeniia Lopareva et Geoffrey Brissaud sont à six dixièmes seulement de la deuxième marche avant l’épreuve libre.

Un retour en force pour le Grenoblois

Très attendu, Kevin Aymoz confirme sa très belle performance du programme court par un long acclamé par la foule. Approchant son record personnel, il a réalisé son meilleur score de la saison à 181,75pts, soit plus de 20pts d’amélioration en quelques semaines. Sur un style qu’on ne lui connaissait pas, il a proposé une version résolument contemporaine du célébrissime « Boléro » de Ravel. La recette fonctionne auprès du public et a conquis amplement le jury qui lui a octroyé la meilleure note artistique de l’épreuve. Côté technique, pas d’ambition pour celui qui revient de multiples blessures la saison passée. Il a présenté un seul bon quadruple piqué en entrée de programme puis un sans-faute de triples très bien exécutés – exception faite d’une réception à deux pieds en combinaison,. Sa joie était palpable, sa médaille l’est encore plus et le voici bien lancé dans la course vers la Finale de Pékin en décembre.

Impossible néanmoins pour lui d’avoisiner un Ilia Malinin stratosphérique. Le jeune prodige russo-américain de dix-huit ans survole le concours de plus de trente points et dépasse les 310pts au combiné sans même dégainer son redoutable quadruple Axel. On l’a ainsi vu se promener au son du film « Succession » avec un contenu technique ahurissant : quatre quadruples sauts dont deux en deuxième partie et une combinaison triple boucle-triple axel finale (à plus de 3min30 de programme !) Local de l’étape, il a reçu une très méritée standing ovation à faire oublier la très belle réalisation française quelques minutes plus tôt. L’auto-proclamé ’’quad God’’ sur son compte Instagram lance ainsi un signal fort au champion d’Europe français Adam Siao Him-Fa, son rival direct dans la course au titre mondial.

Le coude à coude pour les danseurs

Direction les années 80 durant la Danse Rythmique. Lopareva/Brissaud ont sélectionné plusieurs morceaux de l’univers de Mylène Farmer et livré un programme très abouti chorégraphiquement. La demoiselle se change en poupée animée par son partenaire et l’effet est des plus réussis. Parti pris artistique ne rime pas avec concession technique et ils ont obtenu de très bons niveaux trois pour les pas, ce qui leur vaut d’être seconds sur cette note derrière les champions du monde en titre Madison Chock et Evan Bates. Ces derniers ont enflammé la glace sur le groupe Queen et se hissent sans surprise bien loin du peloton de leurs partenaires d’entraînements. Il faut dire que le podium est intégralement montréalais, les Canadiens Lajoie/Lagha seconds de peu, côtoyant aussi les Français et les Américains au quotidien à l’IAM. Menée ce week-end par Patrice Lauzon et Romain Haguenauer, l’écurie phare a aussi présenté trois autres couples sur les dix de la compétition, soit 60% des participants et les trois meilleurs du classement provisoire. De gros espoirs reposent sur le duo tricolore qui pourrait bien grimper d’une marche ce dimanche 22 octobre au soir. Verdict dès 20h15, heure française.

Corentin Rahier


Manif pour la paix ou pour la Palestine ?

15 000 manifestants se sont réunis dimanche 22 octobre à l’initiative du Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens, en réaction aux bombardements israéliens sur la bande de Gaza. Un pacifisme de façade qui laisse voir un parti pris certain.

La place se remplit petit à petit d’une foule bariolée arborant joyeusement keffiehs et drapeaux palestiniens. Le noir, le vert, et le rouge sont à l’honneur dans cette manifestation plus que le drapeau blanc de la paix. Avant l’arrivée massives des participants, les stands s’installent, entourés de pancartes et de banderoles faites à la main et fièrement exposées. Ici on cuisine tunisien, ici on vend des keffiehs, là-bas une sono diffuse tanto des musiques traditionnelles tantôt des chansons populaires remixées à l’orientale. Bella Cio en arabe, qui fait danser Michèle, au centre d’un petit cercle de curieux, de femmes voilées et de maghrébins âgés qui tapent dans leurs mains en rythme. « Nous sommes pour une Palestine indépendante, laïque et démocratique », affirme la retraitée, qui vend des manifestes du Parti Communiste entre deux chansons. L’on moins de la paix que de la Palestine et avec un peu d’imagination on s’y croirait presque.

« Halte au génocide du peuple palestinien », scande la foule avec enthousiasme. A 15h, la place se noircit en quelques minutes, l’ambiance monte. Moins de danses, plus de slogans, de revendications, quelques fumigènes éparses sont craqués, des jeunes brandissant des drapeaux escaladent la statue à la République. Les slogans clamés ou arborés sur les pancartes et les tracts condamnent les massacres d’Israël sur la Palestine et la complicité de l’Occident. Des étudiants paradent avec un sweat « boycott Israël », ils sont nombreux à être venus entre amis, certains militants du NPA ou du Parti mondial de la révolution. Comme les retraités, comme les familles musulmanes dont les enfants agitent des drapeaux en riant, ils ne parlent pas de la paix. Personne ne semble y croire.

Pour la Paix ou contre Israël ? 

Luttes et discours convergent chez les gauchistes révolutionnaires et les communautés issues de l’immigration ; tous dénoncent les crimes de guerre, les massacres, la barbarie. Certains ont imprimé des photos d’enfants touchés par des munitions au phosphore blanc, aux béances plus parlantes que mille affiches.  Mais toutes les victimes ne sont pas pleurées, et la cause de la tragédie que vit cette région depuis 1948 est clairement identifiée : l’Etat d’Israël. Des phrases telles que « sionistes, fascistes, c’est vous les terroristes ! » et « libérez la Palestine ! » emportent l’adhésion de la foule qui déborde maintenant sur le boulevard. D’après Abdeslam, « il faut soutenir la Palestine. Israël attaque avec des gros avions, des armes violentes, et les palestiniens sont seuls avec le monde contre eux. Les américains et Macron se couchent devant Netanyahou ». Dans leur mégaphone, les différents animateurs n’appellent pas franchement à la fin du conflit. D’ailleurs, comment cette guerre insoluble pourrait-elle s’achever ? Baldu se positionne pour la séparation des deux populations en deux Etats distincts. Algérien, il a 47 ans et semble très impliqué dans la manifestation. Claude, 80 ans, l'interpelle : « Vous y croyez, vous, à la solution à deux Etats ? Non il faut un seul Etat, une Palestine laïque et indépendante. » Et il ajoute avec certitude : « Il faut rayer Israël de la carte »…

« Après 75 ans de colonisation sioniste, ils se défendent comme ils peuvent, avec des cailloux ou avec des kalachs »

Ici, tout le monde est pour la paix mais pas n’importe laquelle, pas à n’importe quel prix. Aujourd'hui, place de la République, appeler à la paix, c’est demander un cessez-le-feu. Et refuser « cela est criminel, renchérit Baldu, car des milliers d’innocents meurent et bientôt tout le Moyen Orient va s’embraser ». La violence palestinienne n’est pas en soi condamnée, même si nombre de personnes interrogées disent ne pas soutenir le Hamas. La paix, oui, si elle passe par la libération de la Palestine. Et des drapeaux rouge, noir, blanc et vert flottent sur la République.


Orban/Poutine : « une entrevue très très désagréable » pour l'UE

La poignée de main échangée mardi entre les dirigeants russe et hongrois lors du sommet sur les nouvelles routes de la soie inquiète le bloc occidental.

Le premier ministre de la Hongrie et le président Russe se sont rencontrés mardi 17 octobre, dans le cadre du sommet « la ceinture et la route » organisé par la Chine. Un tel geste symbolise une entente qui effraie certains. Dans un contexte de guerre en Ukraine, Orban se désolidarise de la réaction univoque européenne et américaine au grand dam de l’Otan. Inquiets de ce nouvel écart de la Hongrie vers l’est, les ambassadeurs des Etats membres se sont réunis jeudi 19 octobre pour rappeler Budapest à l’ordre. Le représentant américain s'est dit préoccupé : « Nous sommes tous inquiets que le Premier ministre hongrois ait rencontré le président Poutine alors que la Russie mène une guerre d’agression contre l’Ukraine. » L’Union européenne a qualifié cette entrevue de « très très désagréable » par la voix du Premier ministre estonien Kaja Kallas déplorant le refus hongrois de s’aligner sur la politique communautaire.

Une Europe centrale rebelle

Ce n’est pas la première fois que le conservateur Viktor Orban s’éloigne de la ligne diplomatique occidentale sur la guerre en Ukraine. Enclavée entre l’est et l’ouest, la Hongrie est placée dans une position difficile, entre refus d’affronter la Russie et allégeance à l’Union Européenne. Dans un post Facebook, le Premier ministre se dit soucieux de « maintenir la coopération » entre les deux blocs. Autre indice de cette réaction ambiguë : il ne parle que d’« opérations militaires » pour qualifier ce que d’autres nomment « invasion de l’Ukraine ». Plus touchée par les conséquences du conflit du fait de sa position géographique, la Hongrie appelle à un cessez-le-feu et s’oppose au financement des livraisons d’armes à l’Ukraine. Sur ce sujet encore, le non-alignement hongrois se manifeste au détriment de la cohésion occidentale. De l’illibéralisme au conservatisme identitaire, Victor Orban incarne une Europe centrale rebelle qui ne se reconnaît pas dans la diplomatie européenne et exprime une position alternative.


Masters 1000 de Paris-Bercy : Que peut-on attendre des Français ?

Samedi 28 octobre aura lieu le coup d’envoi de l’édition 2023 du dernier grand événement de la saison ATP. A cette occasion, de nombreux Français seront sur les courts de l’Accor Arena dont Gaël Monfils et Arthur Fils, respectivement vainqueur et finaliste en ATP 250 ce week-end. Pour ce tournoi prestigieux, la délégation tricolore voudra briller devant son public.

Le 2 novembre 2008 à 18h15, les tribunes du court central du Rolex Paris Masters explosaient. Jo-Wilfried Tsonga venait en effet de remporter le tournoi, en venant à bout en trois sets de l’argentin David Nalbandian. 13 ans plus tard, le public parisien attend encore de pouvoir revivre ces sensations, voyant chaque année un vainqueur étranger soulever la coupe. Et si la fin de la disette française au palmarès ne semble pas crédible cette année, plusieurs joueurs de l’hexagone semblent toutefois capables de faire vivre des émotions aux spectateurs. Ils seront sept à tenter leur chance dans le tableau principal et huit depuis les phases de qualification, en admettant que les wild cards (invitations permettant à des joueurs n’ayant pas le classement requis de participer au tournoi) distribuées par la FFT soient tricolores comme chaque année. Tour d’horizon des forces en présence.

Mannarino, Monfils : l’avantage de l’expérience

Toujours capable de battre les meilleurs, l’ancienne garde française sera à surveiller de près. Adrian Mannarino, vainqueur en début de mois du tournoi d’Astana (Kazakhstan) dans des conditions indoor identiques à celles de Bercy, ne pas sera un adversaire facile. Redoutable sur surface rapide, le Soiséen réalise la meilleure saison de sa carrière à 35 ans et aura à cœur de laisser sa trace, lui qui n’a jamais fait mieux qu’un huitième de finale lors de l’édition 2020.

Aujourd’hui sur le court en finale du tournoi de Stockholm, Gaël Monfils semble également armé pour défier les meilleurs joueurs mondiaux. Cette affirmation aurait semblé grotesque il y a encore quelques mois, puisque le Parisien soignait une blessure qui semblait s’éterniser, et qui l’avait éjecté du top 400. Sauf que depuis son retour, il impressionne. Une excellente tournée américaine ainsi qu’un titre à Stockholm ont levé tous les doutes à son sujet, et même si son classement actuel, aux portes du top 100, ne lui permet pas de disputer le tournoi, il ne fait quasiment aucun doute qu’une wild card lui sera attribuée.

Barrère, Rinderknech, Halys : des conditions favorables

Tous classés dans le top 100 et très à l’aise en indoor, les trois Français auront chacun leur carte à jouer.

Grégoire Barrère, vainqueur de près de 200 matchs en carrière dans des conditions indoor, n’est certes pas le nom le plus renommé du circuit, mais est loin d’être celui que l’on souhaite affronter. Son style de jeu agressif a mis au tapis plusieurs grands noms cette saison tels que Karen Khachanov et Cameron Norrie, et le Val-de-Marnais ne demande qu’à en ajouter. Engagé dans le tableau des qualifications, il peut espérer une invitation pour le tableau principal, qui serait amplement méritée.

Arthur Rinderknech et Quentin Halys, bien qu’auteurs d’une saison plus mitigée, seront aussi à surveiller sur leur surface favorite. Portés par leur très gros service, les deux Français ne débuteront pas les qualifications en pleine lumière mais feront tout pour l’attirer.

Alexandre Muller, Constant Lestienne et Benjamin Bonzi, non admis dans le tableau des qualifications pour le moment, peuvent espérer s’ajouter à ce petit groupe si suffisamment de forfaits sont recensés ou si la FFT a une pensée pour eux en distribuant les invitations.

Humbert, Fils, Van Assche, Gaston : La jeunesse en puissance

La nouvelle génération française sera très attendue à Bercy. En première ligne, Arthur Fils, sous le feu des projecteurs depuis le début de la saison. La progression fulgurante du jeune français, passé de la 200e place mondiale à la 30e en moins de 10 mois a marqué les esprits, et les attentes sont logiquement élevées. Capable de battre les meilleurs joueurs de la planète, comme le prouvent ses deux victoires face au top 10 en trois confrontations, Fils semble prêt à aller loin dans le tournoi, à moins que le tirage au sort ne lui soit défavorable. Si il est trop tôt pour en faire un candidat au titre, une place dans le dernier carré ne semble pas hors de sa portée.

Quart de finaliste lors de l’édition 2020, Ugo Humbert sera également source d’espoir pour le clan tricolore. En pleine forme, le Messin a retrouvé le top 30 et vaincu deux top 10 ce dernier mois. A 25 ans, tous les signaux sont au vert après une période 2021-2022 compliquée, et le Français aura son mot à dire quelque soient ses adversaires.

De deux ans son cadet, Hugo Gaston ne participe pas au tournoi en l’état actuel des choses. Mais il est évident que le Toulousain, capable de soulever des foules avec son toucher de balle hors du commun, sera au moins invité pour les qualifications. Huitième de finaliste en 2021 grâce notamment à une victoire face à un certain Carlos Alcaraz, le jeune Français n’a sans doute pas les armes pour représenter une réelle menace dans le tableau, mais sait offrir des émotions aux spectateurs, et peut envisager quelques victoires selon le tirage.

66e au classement ATP, Luca Van Assche aura à cœur de se faire connaître du public parisien. Agé de 19 ans comme Arthur Fils, il ne bénéficie pas encore de la notoriété de son compatriote, en raison d’une éclosion moins impressionnante à l’heure actuelle. Mais son talent ne fait aucun doute, et sa progression cette saison est satisfaisante. Il participera pour la première fois de sa carrière au tableau principal du tournoi, et si ses chances de performer semblent minces, puisqu’il est plus à l’aise dans des conditions lentes comme la terre battue, une bonne surprise n’est pas inimaginable.

Enfin, quelques autres jeunes noms plus lointains au classement pourraient créer la surprise en cas d’invitation de la FFT. Giovanni Mpetshi Perricard, récent quart de finaliste au tournoi d’Anvers, a des atouts à faire valoir dans ces conditions de jeu rapides avec ses 2.03m. Auteur de 74 aces en 5 matchs à Anvers, le Lyonnais de 20 ans s’est révélé sur ce tournoi, et une participation à une compétition de l’envergure de Bercy pourrait être un tremplin pour sa carrière. Térence Atmane, très performant lors de la récente tournée asiatique, Titouan Droguet, auteur d’une excellente saison, ou encore Arthur Cazaux très proche d’une admission directe au classement auront également leur mot à dire. Joli casse-tête en vue pour la FFT !


Deuxième manifestation pro-Palestine à Paris : « le Hamas, c’est comme de Gaulle »

Dimanche 22 octobre, environ 10 000 personnes se sont rassemblées place de la République à Paris pour soutenir le peuple palestinien face à l’Etat d’Israël. Militants d’extrême-gauche et musulmans y ont porté un récit « anti-impérialiste ».

C’est la deuxième fois en quatre jours. Jeudi dernier, quelques milliers de personnes réunis sur la place de la République exprimaient leur soutien à la Palestine et leur opposition à Israël. Rebelote dimanche. C’est que le Conseil d’Etat vient de casser l’arrêté du ministre de l’Intérieur interdisant les manifestations propalestiniennes. Pour les soutiens de la « résistance » anti-Israël, c’est l’heure de sortir du bois.

A 14h15, la place se remplit doucement. Trois jeunes filles d’Amnesty International proposent de signer une pétition contre les armes à létalité réduite. L’ONG avait prévu une manifestation le même jour mais a dû annuler face au raz-de-marée propalestinien. Les nombreux groupuscules d’extrême gauche, habitués des manifs, sont déjà en place, récitant leur mantra anticapitaliste, sans-frontiériste et anti-impérialiste : Lutte ouvrière, Nouveau Parti anticapitaliste, Parti ouvrier indépendant… Pas de France insoumise ni de Parti communiste. Tous ces mouvements font partie du collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens à l’origine de la manifestation. Leurs drapeaux et grandes banderoles rouges les rendent très visibles et ils doivent constituer une centaine de personnes en tout.

Leur analyse du conflit ? Le peuple palestinien est opprimé par l’Etat capitaliste d’Israël et ses soutiens impérialistes occidentaux. Il existe une subtilité et pas des moindres. Les militants de Lutte ouvrière condamnent le groupe terroriste Hamas tandis que ceux du NPA le considèrent comme un « mouvement de résistance » allié de la cause palestinienne. Joachim, 24 ans, est étudiant à Paris-1 et militant d’extrême gauche. Avec un cheveu sur la langue, il exprime son soutien à l’attaque du 7 octobre : « c’était une opération coordonnée avec toute la résistance palestinienne : le FPLP, les baasistes… » Pour lui, elle était légitime, contrairement aux bombardements actuels d’Israël : « Netanyahu commet un génocide à Gaza. Ce n’est pas défensif puisqu’il attaque les hôpitaux, » assène-t-il en faisant référence au bombardement d’un hôpital présumé ayant causé la mort de nombreux civils, une semaine plus tôt.

Militants de gauche et familles arabes

L’ambiance est bruyante. Des pôles se forment autour de différentes associations qui ont chacun leur mégaphone et leurs slogans. Certains chantent, dansent, vendent des autocollants et des t-shirts… Les slogans se font concurrence pour obtenir l’écho de la foule : « Une seule solution, arrêter l’occupation » ; « Halte au génocide » ; « Palestine vivra, Palestine vaincra » ; « Juifs et Arabes unis dans une Palestine laïque et démocratique » …
Dans la foule, on retrouve les profils habituels des militants de gauche : jeunes étudiants aux cheveux longs, en bottes de cuir noir ou en habits bariolés et cheveux teints, boomers qui ne parlent que de « classe ouvrière »… Ils côtoient une population d’origine maghrébine ou arabe, massive et familiale, avec femmes et enfants. Certains arborent les drapeaux de leurs pays d’origine : Algérie, Tunisie, Egypte, Maroc. C’est une manifestation très culturelle. Enfin, il y a un dernier tiers de badauds politisés à gauche. Comme Marc, 77 ans, retraité engagé dans une MJC : « J’ai été en Palestine neuf fois, c’est un génocide, l’Etat israélien colonise, emprisonne et détruit. » Le terme osé de génocide est repris sur des autocollants, totalement assumé malgré le fait que la population palestinienne ne fait qu’augmenter depuis 30 ans. Certains, de toute origine, portent le keffieh, symbole de la résistance propalestinienne.

« On n’est pas antisémites »

15h. Il fait beau et certains mettent leur main en visière pour s’abriter du soleil. La place est désormais pleine et il est difficile de circuler sans bousculer. Une dizaine de jeunes hommes, montés sur la statue de la République, haranguent la foule pour demander un cessez-le-feu. Nour, 28 ans, consultante bancaire, a collé un sticker « boycott Puma » sur son sac à main Gucci : « Puma sponsorise l’équipe de foot d’Israël donc l’Etat d’Israël ». Elle a trouvé une liste de marques à boycotter sur les réseaux sociaux qu’elle s’efforce de suivre.
Que faire des Israéliens juifs ? Les propositions divergent. Certains prônent la solution classique à deux Etats mais sans colonisation. D’autres veulent revenir à la nature nomade du peuple juif, dispersé aux quatre coins du monde.
Beaucoup se méfient de la presse et dénoncent un traitement biaisé pro-israélien. « On n’est pas antisémites ! » avertissent certains, de peur d’être travestis. Aucune déclaration antisémite ne fut effectivement recensée. En revanche, les juifs antisionistes, mentionnés par certains manifestants comme preuve de la justesse de leur combat, et qui devaient être présents, sont restés introuvables cet après-midi-là.


A cause des taux d'intérêts, l’immobilier à Paris baisse un peu

A Paris, les prix de l’immobilier ont baissé de 4,1 % sur an. Une première depuis cinq ans.

L’immobilier parisien passe sous la barre des 10 000 € le m2, 9 857 € selon Meilleurs agents. La demande baisse en raison du relèvement des taux d’intérêts, jusqu'à 5 %, ce qui pénalise la capacité d’emprunt des ménages. Selon les experts, 1 point de taux d'intérêt en plus réduit le pouvoir d’achat de 10 %.

A Paris, l'explosion de la taxe foncière de 50 % décidée par Anne Hidalgo dissuade encore plus d’acheter pour se loger et/ou d’investir dans la ville lumière. Et pour cause, cet impôt est à la charge du propriétaire. Ainsi, de nombreux locataires préfèrent continuer à louer plutôt que d’acheter.

Pour finir, l’encadrement des loyers fait encore plus chuter les rendements d’un investissement locatif à Paris. C’est pourquoi de nombreux investisseurs se tournent vers des villes de taille moyenne. La rentabilité est trois fois plus élevée à Paris qu’à Limoges.

Néanmoins, cette baisse est une occasion pour investir dans la pierre parisienne. L’immobilier est une valeur refuge très rentable sur le long terme - qui résiste bien à l’inflation.


Après eux, le néant ?

            Au terme d’une semaine chargée avec les nouvelles peu engageantes de Pierre Arditi, l’annonce de fin de carrière de Pierre Perret et les quatre-vingts ans de Catherine Deneuve, un constat s’impose : les plus grands ne sont pas éternels. La France peut-elle pour autant compter sur sa jeune génération pour prendre la relève ? Coup de projecteur et état des lieux de la scène culturelle du pays.

Qu’il s’agisse de la troupe du Splendid, des anciens du théâtre de Bouvard, des indémodables « Stars 80 » ou de nos actuelles poules aux œufs d’or cinématographiques et théâtrales, beaucoup ont de quoi nous envier. L’exception culturelle française n’est plus à vanter et rayonne partout dans le monde. Sur les planches des théâtres, des salles de concerts ou au cinéma, moult « personnalités préférées des Français » se sont succédé avec brio. Pourtant, les récents événements ont de quoi nous inquiéter quant à la pérennité de leur espèce. Des regrettables accident de santé au « budget bougies » victime d’une inflation galopante, nombreuses sont les occasions de nous rappeler que l’heure de la cloche du dernier tour approche pour nos précieux poulains – sans parler des sorties de route telles que la sordide affaire Palmade, autre exemple de baisser de rideau anticipé.

Mort à petit feu des cygnes du ballet

Entendons-nous, il ne s’agit nullement de mener prématurément au tombeau tous ces monstres sacrés du people gaulois. Néanmoins, même les minois les plus botoxés ne sauraient passer sous silence ce que pointe leurs fiches Wikipédia : nos champions ont pris de l’âge et la retraite s’annonce pour bientôt ! On se souvient, par exemple, de ce « César anniversaire » en 2021 où Christian Clavier, Josiane Balasko, Thierry Lhermitte et consorts nous ont émus en évoquant « 50 ans de cas contacts » ou la quarantaine tapée de la veste du dernier. Tous conviendront de la carrière immense de ces individus et de ce que leur doivent les annales cinémo-théâtrales… sans oublier de noter que le tout ressemblait franchement à un pot de départ de 19h pour le dernier jour des grands patrons. Il faut dire que cette joyeuse bande a passé les soixante-dix ans et que leurs petits camarades apparus à Antenne 2 caracolent à leur tour vers ce passage obligé. Pas de panique, nous répondra-t-on, il nous reste bien la génération des Dany Boon et des Lellouche. Certes, certes. La bonne cinquantaine fait toutefois grisonner leurs tempes dégarnies et ce n’est pas notre grand-mère déjantée préférée* qui ira nous contredire du fond de sa véranda AKENA. N’en déplaise à Nathalie Saint-Cricq pour qui Arditi « est juste infernal parce qu’il est condamné à rester enfermé » mais nos pépites ont plutôt pour nouvelle vocation la pétanque et les croisières que le feu vif des projecteurs.

Des garde-fous plus ou moins solides pour pallier le manque

Comme dans le tour de France, rien ne sert de rester concentré sur l’échappée tout du long ; il faut aussi suivre les poursuivants et le peloton, quand bien même celui-ci semblerait largué. Après tout, une surprise n’est jamais exclue. Côté comédie, certains sont bien installés désormais parmi le tout-Hollywood. D’Omar Sy à Camille Cottin, en passant par Eva Green ou Jean Dujardin, on ne compte plus leurs multiples prestations de qualité, primées maintes et maintes fois. Derrière eux, les trentenaires dont Pierre Niney ou Léa Seydoux, font aussi fureur et constituent un bon vivier qui se paie le luxe de jouer dans la cour des grands à l’international. Au-delà de cette élite, certains percent aujourd’hui via un outil capricieux de notre temps : le buzz ! Que l’on aime ou pas la qualité des sons en question, on retrouve ainsi Wejdene ou Aya Nakamura en soirées partout sur la planète. À une échelle réduite, barrière de la langue oblige, il en va de même pour l’humour, d’Inès Reg à Camille Lellouche. Des carrières décollent d’un coup d’un seul et la France continue d’exister artistiquement. Seulement voilà, ces talents sauront-ils durer ou ne sont-ils que des suggestions du moment qui devront bientôt céder la place à une proposition plus fraîche encore ?

La bleusaille un peu – voire franchement – à la traîne

Côté jeune génération, c’est un peu là que le bât blesse. Nombreuses sont les tentatives d’entrer dans le métier, avec plus ou moins de réussite. Un vivier des plus éphémères est par exemple le stand-up. Comme le confiait Muriel Robin au Point en 2019 : «Il y a de la place pour tout le monde, du champagne, du mousseux, de la piquette… » Côté consommateur, pas sûr qu’il y ait beaucoup de grands crus dans les nouveaux millésimes et la situation ne va pas aller en s’améliorant. Les milieux artistiques souffrent depuis le Covid-19 ; le spectacle vivant plus encore puisqu’il était de loin le plus touché en 2020 selon les chiffres du gouvernement. Les formations de qualité existent mais font l’objet de concours d’entrée dignes des Hunger Games. L’incessant parcours du combattant des auditions en épuise plus d’un et c’est sans compter les réformes récurrentes du régime d’indemnisation des intermittents du spectacle, toujours précaire. Dur enfin de se faire une place parmi les fines plumes à l’ancienne quand on a eu le bac au rabais après quinze ans de cajoleries orthographiques et de biberonnage culturel aux données d’X ou de Meta. Pas dit donc que de nouveaux ténors du genre apparaissent de si tôt.

De l’explication du déclin

Nous évoquions à l'instant l’éducation. Évoquons donc son rôle tant dans la fabrique d’un art qualitatif que dans la capacité du public à le recevoir. ON conviendra aisément que passer sa vie à donner du Nutella comme récompense à ses enfants ne leur apprend pas à aimer le caviar. De plus, la tendance contemporaine à valoriser le sens au détriment de l’esthétisme participe de l’anéantissement du potentiel des productions à entrer au Panthéon des chefs-d’œuvres. Dernier coup de massue, la société de consommation – toujours elle ! – qui fonctionne au clic, au consensuel et au plus rapide, achève de nous enfermer dans ce tourbillon du ready made, loin des standards de l’ancien temps. Alors quoi... on baisse les bras ?

Les clefs du combat pour l’avenir

Face à ce constat sinistre, hors de question de rendre les armes dans la lutte pour l’excellence de la nation ! Il s'agit de poser les bons mots sur ce qui fâche et de tirer les conclusions de l’abaissement général du niveau artistique dans nos rangs. Soutenons ceux qui s’engagent pour une éducation de qualité et le retour des fondamentaux de français, d’histoire et de culture générale. Un troupeau d’ânes ignares ne saurait nous pondre du Devos et loin de nous l’outrecuidance d’en exiger autant. Assurons-nous donc de leur donner les bases dont ils auront besoin. Osons promouvoir la culture et encourager les initiatives en faveur de son accession. Que nos mains ne tremblent pas non plus à l’heure de pourfendre l’idéologie, l’imposition des quotas, de la rentabilité et de tous les desiderata responsables de l’asphyxie créatrice. Osons le beau, le vrai et le profond, quitte à stimuler un peu fortement le cortex préfrontal de nos chères têtes blondes. Le corset des contraintes doit être desserré pour les laisser un peu respirer. Transmettons enfin à nos jeunes ce que nos plus belles pépites ont encore à leur proposer. Bientôt, le glas sonnera et leurs œuvres ne seront guère plus visionnées que ne seront visitées leurs dernières demeures. Les cartes sont dans nos mains pour que continue le beau roman et la belle histoire de la création française. À nous de jouer !

Corentin Rahier

* Chantal Ladesou pour les moins réactifs